Paroles de lecteurs

Alors, d’abord il faut savoir que je n’avais pas l’intention de faire un article comme celui-ci. En effet, j’avais seulement envoyé un questionnaire aux lecteurs de mon livre (ceux que j’avais pu contacter directement par email ou twitter) et leur avait demandé d’y répondre (si c’était possible), mais en précisant bien que seuls quelques mots (juste des idées, même pas besoin de phrases) suffiraient amplement. Deux lecteurs se sont fendus d’un roman (c’est le cas de le dire) en réponse à mes questions et c’est pourquoi je tiens à publier leurs réponses pour les remercier d’avoir pris plus de temps que nécessaire pour répondre à mon questionnaire. Je vous reproduis telles quelles leurs réponses.

D’abord, celle de Dr. Ray. De son vrai nom Roger Raynal, il est aussi l’auteur du roman « Et il neigeait sur le Japon », un roman narrant une histoire d’amour franco-japonaise au début des années 90. Pour les gens intéressés, vous pouvez lire le résumé et/ou vous le procurer en cliquant sur ce lien.

Voici ses réponses à mon questionnaire.

Comment as-tu découvert le livre ?

Par ton annonce sur Neoprofs, je crois, ou sur le forum des Jeunes Ecrivains.

Qu’est-ce qui t’a poussé à l’acheter ?

Il relate une expérience réelle et récente d’intégration, si je puis dire, d’une Française au Japon. Mon intérêt pour ce pays (cette civilisation, même) étant grand, cela m’intéressait. Je voulais aussi vérifier si ce que je racontais dans mon roman correspondait un peu avec la réalité.

Qu’est-ce que tu as aimé dans le livre ?

Tout d’abord, qu’il soit très bien écrit ! Il se lit d’une traite, il y a des rebondissements, du suspens… L’histoire est racontée à la fois avec un léger détachement teinté d’humour et une structure logique rigoureuse. Il y a une alternance entre les faits décrits et ceux ressentis par son héroïne.

Qu’est-ce que tu n’as pas aimé ?

Le fait qu’il s’arrête abruptement là ou tout commence, mais c’est normal, et cela en fait l’intérêt. Sinon, il est un peu court, on aimerait parfois en savoir davantage sur l’histoire personnelle de son héroïne, sur les gens qu’elle rencontre en dehors de son cadre strictement professionnel. Mais ça, c’est mon côté romancier, peut-être. Je comprends que ce soit difficile. Tu ne peux être ni trop précise, ni inventer (tu n’es pas A. N. (Note : Amélie Nothomb) XD).

Est-ce que tu penses avoir appris des choses à propos de la culture japonaise ?

Oui, malgré mes lectures précédentes (bon, il est vrai qu’elles remontent à l’époque Heian). En particulier sur les réactions des Japonais à notre égard, et sur la dualité intérieur / extérieur, le sekentei, je crois.

A qui le recommanderais-tu ?

A tous ceux qui sont dubitatifs devant les romans d’A.N. (Note : Amélie Nothomb) A tous ceux qui aiment le Japon ou ont un intérêt pour ce pays. Ceux qui aiment les héroïnes positives et déterminées, volontaires et battantes. C’est aussi un très beau récit, et parcours, de femme active et moderne (ceci dit sans aucun esprit de dénigrement).

A qui ne le recommanderais-tu pas ?

A ceux qui veulent lire un gros roman d’aventure se déroulant au Japon, ceux qui rêvent d’un pays de geishas énamourées et de samouraï en armures, aux amateurs de romans “réalistes” agrémentés de scènes disons intimes, bref à ceux qui prendrait ce qui est avant tout un récit autobiographique pour un roman exotique.

Quels genres de livre sur le Japon lis-tu habituellement ?

Des romans classiques (Mishima / Kawabata / Tanizaki…), anciens (le dit du Genji, les notes de chevet, Soseki, Saikaku) ou plus modernes (Y. Ogawa, Koike Mariko, Kawakami Hiromi, Inaba Mayumi, Matsui Kesako…), quelques polars (Keigo Inashino), des traités historiques (nouvelle histoire du japon, histoire du et au Japon), philosophiques (Katô Suichi : le temps et l’espace dans la culture japonaise, philosophie du néant, du monde et du corps), des livres d’art sur l’ukiyo-e (et pas sur les anime – j’aurais fait merveille dans tes diners XD), des biographies… Je réalise que j’irais plus vite en disant ce que je ne lis pas 😉 !

Quels genres de livre sur le Japon aimerais-tu lire ?

On trouve pas mal de livres écrits dans les années 70 et 80, mais fort peu de romans modernes écrits par des occidentaux et ayant pour cadre le Japon actuel (mis à part la littérature feel good du genre mes meilleures adresses à Osaka, Mars et Venus à Nara, et des guides de voyage romancés). C’est ce genre de romans, ou de recueils de nouvelles, que j’aimerais lire.

Voilà pour ses réponses à mon questionnaire.

 

Notre lecteur suivant est Nebel (voici son compte twitter). Nebel n’est pas un auteur mais a pour projet d’aller vivre et étudier au Japon. Voici ses réponses à mes questions.

Comment as-tu découvert le livre ?

Via Twitter.

Qu’est-ce qui t’a poussé à l’acheter ?

Ce qui m’a conduit à l’acheter : la curiosité, l’intérêt pour le Japon, et mon projet d’y aller… Déjà pour mon stage de M2, puis éventuellement plus si affinités et possibilités d’y faire une thèse de sciences ou carrément d’y pratiquer la médecine… via les enseignants du laboratoire/système japonais de santé

Qu’est-ce que tu as aimé dans le livre ?

J’y ai apprécié plusieurs choses, et il faut nécessairement que je développe :

A/ Un récit d’expérience personnel, sans idéalisme du Japon (ce n’est pas le pays idyllique de ceux qui le présentent comme le « Disneyland » des Occidentaux, via Akihabara, et autres lieux bien classiques de la culture Otaku), mais plutôt insistant sur la complexité (et les défauts) des Japonais. La narration du choc culturel en somme, avec cette expérience de l’incompréhension initiale de codes qu’il s’agit de réapprendre pour s’adapter et tenter de s’intégrer.

B/ Dans la continuité, une réflexion finalement assez fine, et qui ne fait pas, contrairement à la crainte exprimée rapidement, de faire dans la « philosophie ou psychologie de comptoir ». Au contraire, l’image du masque social, de la persona, et du moi qui n’est pas une substance unique qui serait menacée par son fractionnement, rappelle tout autant Nietzsche (« j’avance masqué ») que Peer Gynt, dans la pièce d’Ibsen (l’image de l’oignon que l’on pèle mais qui n’a pas de noyau). J’ai beaucoup aimé ce passage, d’une grande perspicacité. L’idée que le masque sert à conserver la concorde sociale et finalement, malgré une violence omniprésente, le contrôle social, et le paternalisme en dessous du vernis, permet au groupe de perdurer, c’est quelque chose que l’académicien et universitaire NAKAGAWA Hisayasu (中川 久定) racontait dans Introduction à la culture japonaise). De plus, j’ai beaucoup apprécié la sagesse de l’attitude consistant à observer chaque comportement, chaque réaction, chaque réponse, dans l’environnement, permettant ainsi de saisir les codes et d’y céder en partie afin d’en exploiter toute la potentialité. Il faut, je le pense, une bien bonne compréhension et un profond respect d’autrui pour accepter des règles du jeu complètement différentes de sa propre éducation.

C/ Justement le « jeu ». Ce projet de s’installer au Japon est une sorte de jeu d’échecs où chaque étape est un nouveau pas vers l’objectif atteint. C’est le récit d’une stratège. La philosophie très « Nekketsuiste » dont tu te réclames dès les premières lignes est omniprésente et j’ai souvent ri tant j’avais l’impression de lire Luffy, dans One Piece, qui se fiche éperdument des refus qu’on lui oppose… Une fois qu’il a une idée en tête, il fera tout pour obtenir satisfaction. La scène excellentissime de la prise de renseignements pour la licence d’enseignements avec ce « cerbère » qui passe son temps à répéter à quel point c’est impossible car « aucun Français ne l’a fait avant », c’était un mélange de manga Nekketsu et de parabole absurde de Kafka dans le Procès. Mais par le biais du Nekketsuisme, l’image indépassable de la porte chez Kafka est complètement dépassée par la volonté de l’héroïne. Et c’est cette détermination qui m’a plu, également. Tout faire, toujours, pour atteindre ses objectifs, le travail, la détermination. Un grand modèle, et qui m’a personnellement mis un grand coup de fouet et m’a donné la perspective d’en faire de même, en médecine, dans mon domaine. Apprendre en peu de temps l’anglais, bosser le japonais, bosser dans une école, malgré les tentatives constantes de découragement, c’est une leçon pour tous. Et je compte bien m’en inspirer, alors bravo.

D/ Un style affirmé. L’écriture y est fluide sans tomber ni dans le pathos, ni dans une poéticité excessive. C’est simple, clair, concis, et ça se lit sans tomber des mains (ayant une attention assez facilement fluctuante et lisant d’ordinaire très lentement et, donc, sur une très longue période les mêmes livres, je n’ai ni lâché la lecture, ni ouvert autre chose en attendant. Lu d’une traite sur l’après-midi. Ce qui est bon signe quant à sa qualité littéraire pure).

Qu’est-ce que tu n’as pas aimé ?

Que ce ne soit pas plus long. Qu’on n’ait peut-être pas plus de détails sur la manière dont se sont opérées les premières rencontres dans l’environnement du 2e voyage, comment as-tu rencontré les femmes qui t’invitaient partout dans leurs soirées ? On aurait aimé retrouver également quelques éléments” terre à terre” et pratico-pratiques concernant le soutien derrière ces voyages, notamment financiers, familiaux etc. Bref des éléments contextuels, que l’on retrouve sur le blog, mais qui auraient ainsi pu agrémenter le background de l’héroïne, et renseigner ceux qui s’identifient et souhaiteraient l’imiter”. 🙂

Est-ce que tu penses avoir appris des choses à propos de la culture japonaise ?

Beaucoup, et des analyses de stratège pour m’y sentir moins dépaysé et de ne pas faire d’erreurs trop classiques pour des étrangers au Japon. J’avais déjà lu et vu pas mal de choses sur ces masques sociaux, sur le groupe omniprésent, et d’autres choses décrites, mais pas encore de « méthode » sur comment dépasser ces difficultés, et éventuellement obtenir un statut de résident.

A qui le recommanderais-tu ?

A toute personne intéressée par la culture japonaise, à toute personne souhaitant migrer dans un pays à la culture aussi différente, à toute personne doutant de soi dans la réalisation de projets que tout le monde juge irréalisables.

A qui ne le recommanderais-tu pas ?

A ceux qui ont peur de l’aventure, à ceux qui pensent d’ores et déjà tout savoir du Japon, « ceux qui y sont déjà allés » du début du récit… Et à ceux qui n’ont pas de respect pour les autres cultures et pensent que c’est au pays de réception de s’adapter et non l’inverse (c’est une vision très inégalitaire, en un sens, car l’adaptabilité est aussi dépendante du capital social, car la simple compréhension de la différence et la mise en œuvre de stratégie pour la dépasser, ce n’est déjà pas simple et il faut être capable d’utiliser les codes). Car ce livre serait probablement ressenti, dans l’état actuel des sensibilités, comme une violence faite à ceux qui ne sont pas capables de saisir lesdits codes.

Quels genres de livre sur le Japon lis-tu habituellement ?

De tout : de l’Histoire générale (Pierre-François Souyri en tête d’affiche), des essais, des articles de sciences sociales, des enquêtes (dernier en date, « Les évaporés du Japon, Enquête sur le phénomène des disparitions volontaires », de Léna Mauger et Stéphane Remael) de la littérature, des livres pratico-pratiques pour y préparer mon stage (exemple : « Vivre le Japon, le guide pratique de la vie au Japon » de Risa Iwamoto et Jean-Paul Porret, chez Hikari Editions, etc.)

Quels genres de livre sur le Japon aimerais-tu lire ?

De tout. Je suis un passionné de la culture japonaise, donc tout ce qui s’y rapporte, et en analyse la structure, l’organisation, la complexité (donc pas le Disneyland de l’Otaku, que je suis aussi quelque part parce que j’aime les mangas et les anime… mais je suis un Otaku rationnel) les mentalités, les modes de vie etc. m’intéressent.

Voilà pour ses réponses à mes questions.

Je tiens à les remercier tous les deux d’avoir autant développé leurs réponses alors que je ne l’avais pas demandé. Et bien sûr je remercie aussi tous mes lecteurs qui ont accepté de répondre à ces mêmes questions : vos réponses ont été une énorme et indispensable aide pour moi et je vous suis reconnaissante d’avoir pris le temps de répondre à ces questions alors que rien ne vous y obligeait.

Voilà pour aujourd’hui ! Stay tuned! ^o^

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