Quoi de neuf ? Décembre 2016

Je n’ai pas écrit de « Quoi de neuf ? » pour novembre car comme je vous l’avais écrit dans un « Quoi de neuf ? » précédent, mon travail paraissait bien trop plan-plan pour éveiller mon intérêt. Mais cela a changé ! (et je ne suis pas sûre que ça soit une bonne nouvelle en fait…)

 

Je vous explique : lorsque j’ai commencé l’année, je me suis vite rendue compte que beaucoup n’avaient aucune base en anglais. Qu’à cela ne tienne, j’ai recommencé par les bases (se présenter, etc.) et j’ai fait des examens faciles comme ils étaient habitués au collège. A mesure que les mois passaient, j’ai augmenté le niveau d’exigence. Normal. Et là j’ai vu un nombre impressionnant d’élèves décrocher complètement. Je pensais que cela était dû à leur baobab dans la main mais je me suis rendue compte que c’était plus compliqué que ça : environ 2/3 de ceux qui ont en dessous de la moyenne ont complètement décroché pour la simple et bonne raison QU’ILS NE SAVENT PAS LIRE L’ANGLAIS. Certains ne connaissent même pas leur alphabet complètement. J’avais des soupçons (Eh ! Il y en avait bien 2 qui étaient venus me demander de leur apprendre à lire !), mais je ne pensais pas que c’était à ce point.

 

“Mais attends ! Ils ont quand même fini le collège, non ? Et puis ils ont passé les examens d’entrée du lycée, non ?”

 

Si, si. Et avec un peu de chance, c’est tout à fait possible de réussir les examens d’entrée d’un lycée rural. Il suffit de regarder les annales des années précédentes et se rendre compte qu’on exige d’eux aucun écrit original, questions à choix multiple oblige. Et ils ont pu finir le collège pour 2 bonnes raisons : la première, c’est que le collège donne les bases de la vie en société, plutôt que de s’intéresser à pousser les élèves à développer leur potentiel. On n’y redouble pas. L’école japonaise n’est pas un ascenseur social : ceux qui veulent intégrer de prestigieux établissements fréquentent les cours du soir. La seconde raison, c’est que les examens du collège (et généralement du lycée) reposent aussi beaucoup sur des examens avec questions à choix multiples ou du simple « par cœur ». Il suffit d’apprendre sans comprendre et/ou d’avoir le cul bordé de nouilles pour arriver à décrocher une bonne note. Sachant qu’en plus des choses aussi simples que “prendre le cours au tableau” comptent pour 10 points sur 100 (la forme de la note habituelle)… Avec mes examens où s’ils n’écrivent pas quelque chose d’original, s’ils ne réfléchissent pas, ils ne peuvent pas avoir de point, forcément ça coince.

 

Et c’est donc comme ça que je me suis rendue compte que non, ça ne tenait pas qu’à eux : moi aussi j’avais un rôle à jouer. Et même si j’ai la sensation qu’il s’agit d’un bateau qui prend l’eau vu le nombre de gamins concerné, ça devient ENFIN intéressant. Un peu comme un jeu de gestion qu’on met subitement en mode “difficile”. En ce moment je suis en train de réfléchir pour mettre en place une stratégie afin de permettre à tout ce petit monde de progresser et d’obtenir la moyenne SANS baisser mon niveau d’exigence. Sachant qu’ils ne rendent pas leurs devoirs, qu’ils ne viennent pas aux tests de rattrapage sans que je leur colle au train, vous imaginez que je suis bien occupée.

 

Je leur fais bien comprendre que s’ils ne rendent pas leurs devoirs avant la date limite, on finira par les faire ensemble de toute façon : pendant la pause de midi, après les cours, après les clubs, jusqu’à 7h du soir s’il le faut. Je les harcèle jusqu’à obtenir ce que je veux. Je m’en fiche, moi, j’ai tout mon temps. Et certains qui ont déjà expérimenté le système commencent à rendre leurs devoirs dans les temps tellement ça les soûle de venir en dehors des heures de cours. Sachant que je leur renvoie illico presto la chose si je juge que le travail rendu n’est pas suffisant, et cela autant de fois que nécessaire, ils en viennent à me rendre du bon travail dès le départ. C’est magique, non ?

 

Il faut aussi que je détermine exactement qui ne sait pas lire et où ça coince. J’en ai identifié certains, mais pas tous. Certains savent lire les groupes de consonnes mais pas ceux des voyelles, d’autres ne savent lire que l’association consonne-voyelle (comme les sons du japonais). Mais la plupart des décrocheurs ont un point commun : ils lisent l’anglais comme on lit les idéogrammes = comme un dessin, en lecture globale. Aucune conscience de la notion d’association de sons représentés par des lettres ou groupes de lettres pour former des mots. Pourquoi ? Pask’à l’école élémentaire et au collège, on leur enseigne l’anglais en méthode globale, sans leur enseigner la phonétique. Ceux qui peuvent se payer des cours privés arrivent à s’en sortir, les élèves qui viennent de milieux populaires comme les nôtres n’ont pas les moyens d’aller aux cours du soir. Et ils coulent.

 

Du coup, ça me fait un défi à relever qui me sort de mon ennui. Ça va me crever, je le sens, mais au moins ça sera intéressant. Dommage que je ne m’en aperçoive qu’à la fin de l’année. J’espère que je vais les avoir l’année prochaine aussi pour pouvoir continuer à les harceler. XD

 

Sur ce….

2 comments

  1. Tu en avais effectivement déjà parlé avant, mais là tu commences donc à voir plus que la partie émergée de l’iceberg.
    Pourtant il me semble que tu les faisais lire de temps en temps, non? Tu pensais juste qu’ils n’étaient pas à l’aise à l’oral, pour prononcer des mots complets peut-être? C’est vrai qu’avec du recul, faire la différence ne paraît pas aisé (ça paraît tellement dingue un lycéen qui ne connait pas bien son alphabet que j’essaie de comprendre comment il peut parvenir à cacher ça).

    Je suppose que ça doit quand même pas être simple à gérer, surtout qu’on arrive en fin d’année. Bon courage pour tout ça, et j’espère que tu nous tiendras au courant de tes avancées à ce niveau !

    1. Je pensais juste qu’ils n’étaient pas très doués, mais surtout je pensais qu’ils ne rendaient pas leurs devoirs car c’était des feignasses. Mais pour m’être plus intéressés à eux (faire avec eux), je me suis rendue compte qu’ils ne pouvaient pas rendre leurs devoirs car ils ne savaient pas lire. Donc en classe ils ne font rien, car ils ne peuvent pas, c’est tout. Et pour avoir dicté l’ortho de certains mots à des élèves, j’ai vu qu’ils ne maitrisaient pas complètement l’alphabet.
      C’est très facile de cacher ça car mes collègues donnent exactement les mêmes exos faits en classe en exams et les élèves doivent choisir la réponse entre a/b/c/d ou autre exo assimilé.

      Merci ^^

Leave a Reply

Fill in your details below or click an icon to log in:

WordPress.com Logo

You are commenting using your WordPress.com account. Log Out /  Change )

Google+ photo

You are commenting using your Google+ account. Log Out /  Change )

Twitter picture

You are commenting using your Twitter account. Log Out /  Change )

Facebook photo

You are commenting using your Facebook account. Log Out /  Change )

Connecting to %s