Comment j’ai trouvé un travail au lycée au Japon

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Je me suis rendue compte que je ne vous avais jamais parlé en détails de comment je m’y étais prise pour trouver mon travail, et ce post sera donc l’occasion de le faire.

 

Avant toute chose, il faut dire que ça a été plus rapide que je ne le pensais puisqu’il ne m’a fallu qu’une douzaine de CV envoyés pour obtenir un entretien, qui a lui-même immédiatement débouché sur une offre ferme d’emploi. Autant dire que j’ai eu beaucoup de chance. Mais ne pensez pas que c’est forcément aussi facile à chaque fois.

 

Voyons plus en détail toutes les étapes qui m’ont été nécessaires pour obtenir cet emploi…

 

+ Le CV +

 

Alors là, vous ne pourrez pas y couper. Et c’est probablement l’un des pires supplices qui soient au monde (j’ai le sens de l’exagération, je sais). Devoir écrire chaque CV, à la main, sans aucune rature, et cela pour autant d’écoles auxquelles on veut postuler alors qu’on est au 21ème siècle et qu’on a inventé l’ordinateur et l’email… Il n’y a pas quelque chose qui vous semble complètement illogique ?… Moi si. Ah oui, bien sûr, en fait, il y a une logique : toute l’énergie et le soin que vous mettez dans le CV montrent à quel point vous voulez VRAIMENT avoir le poste en question. Il parait aussi que la personnalité de l’individu transparait dans son écriture… Moi, je vois juste l’incommensurable quantité de papier et de temps gâchés par l’écriture de dizaines de CV parfaitement parfaits à la main. J’ai donc envoyé des CV plombés de ratures et qu’on aurait crus écrits par un petit CE1 épileptique. Mais c’est juste parce que j’ai du mal à faire des choses qui me semblent illogiques. (Ah, et il y a aussi une autre raison que je détaille plus loin…) Pour couronner le tout, j’ai envoyé une photo de moi souriant à pleines dents au lieu d’envoyer une photo digne d’un CV (où on sourit mais sans montrer les dents). N’allez pas croire que je me la joue “rebelle” (je suis plutôt du genre hyper conformiste, je pense l’avoir déjà écrit auparavant), c’est simplement que j’ai l’air constipé quand je ne souris pas à pleine dents. Je pense que c’est sans doute la faute de mon Inner Grumpy Cat…

 

Comme écrire des CV à la main se révèle un travail fastidieux et laborieux, j’ai procédé de la manière suivante : au lieu d’écrire des dizaines de CV puis de les envoyer tous en même temps, j’ai procédé par étapes. J’ai d’abord sélectionné les écoles qui m’intéressaient sur Morioka (au nombre de 6), envoyé la première vague de CV et j’ai attendu. Je n’ai eu que des retours négatifs ou aucun retour et j’ai donc procédé à la deuxième vague d’envoi, cette fois ci pour des lycées situés dans ma préfecture.

 

J’ai principalement sélectionné des écoles qui m’avaient l’air d’avoir une bonne ambiance, l’esprit ouvert et la volonté d’innover. C’est assez difficile d’être certain de ces choses en consultant seulement leur site internet et c’est là où les CV pourris ont toute leur utilité : en envoyant un CV qui ne rentre pas dans les normes, j’élimine toutes les écoles qui se focalisent trop sur la forme et non pas sur le fond. Je considère qu’un employeur qui élimine d’emblée un CV qui ne rentre pas dans les normes est un employeur qui n’a pas d’imagination ni de capacité pour voir le potentiel d’une situation et qui n’aime pas la prise de risque. C’est une croyance que j’ai et elle est peut-être fausse, mais j’ai toujours fait comme ça pour tout dans ma vie et ça ne m’a jamais desservie jusqu’à présent (mais il faut un début à tout, n’est-ce pas ? Ça viendra sans aucun doute un jour…)

 

Et nous passons à l’étape suivante…

 

+ L’entretien +

 

J’ai finalement eu 2 prises de contact qui ont débouché sur 2 entretiens avec les directeurs de 2 lycées. En fin de compte, je ne suis allée qu’au premier entretien car j’avais déjà une offre d’emploi ferme et définitive à la fin du premier entretien. Je crois d’ailleurs que le directeur de mon établissement actuel avait déjà décidé de m’embaucher AVANT MEME de m’avoir rencontrée…

 

Mais procédons dans l’ordre.

 

Normalement, pour aller à un entretien d’embauche, il faut sortir la full panoplie du croque-mort : tailleur noir avec veste (même en plein été, oui), chemise blanche sans fioriture, chaussures vernies et bien sûr pas de cheveux ni d’ongles de couleur, pas de bijoux et un léger maquillage naturel. Rien que regarder des jeunes (pas encore) diplômés essayer d’obtenir leur premier emploi me donne envie de me suicider tellement la déprime m’envahit. On dirait une armée de clones qui veulent faire savoir à tout prix que l’entreprise pourra les modeler à l’image qu’elle veut sans aucune difficulté. J’ai rien contre le principe, hein, différence culturelle toussatoussa… C’est juste que je trouve ça complètement déprimant et non productif : quelqu’un qui se conforme trop ne pourra pas garder la capacité à innover, ce qui est indispensable à une entreprise qui veut conquérir des parts de marché. Enfin bref. Je ne vois pas trop le sens à toute cette mascarade et je suis donc allée à mon entretien avec une chemise blanche non conforme et en baskets (les escarpins vernis sont une torture pour mes pieds !) Mais j’avais quand même un tailleur noir ! Je n’avais juste pas mis la veste sur le dos car il faisait trop chaud et que je ne vois pas l’intérêt de transpirer comme une truie pendant un entretien important.

 

Le directeur n’a pas eu l’air de s’offusquer de ma tenue, probablement parce que les gens sont beaucoup plus tolérants envers les étrangers qui ne sont pas censés connaitre les règles, et il m’a fait visiter le lycée en me présentant à certains membres du personnel. J’ai beaucoup aimé l’atmosphère du lycée, avec ses classes en bois clair. Le personnel aussi semblait très sympathique (et il l’est vraiment, même au quotidien). J’y suis allée à l’instint, mais j’ai dit tout de suite oui quand le directeur m’a dit qu’il me voulait vraiment. Le soir même, j’ai envoyé un message à l’autre école pour leur dire que j’avais déjà trouvé un emploi et que je ne pouvais donc pas me rendre à l’entretien qu’ils m’avaient offert.

 

A la suite de cet entretien, j’ai eu encore un autre entretien avec le chef de la section anglais. Il s’agissait d’un entretien informel au restaurant en compagnie du directeur. Le chef de la section anglais avait l’air tellement blasé, du style “De toute façon, vous l’avez choisie sans me demander mon avis, donc je m’en fiche” que ça m’a un peu inquiétée, mais c’était sans aucune raison. C’est mon chef maintenant, et il est super cool (c’est celui qui expédie les réunions en deux coups de cuillière à pot).

 

Après ces entretiens vint le temps de l’examen de recrutement.

 

+ L’examen de recrutement +

 

Il s’agit d’un examen écrit et d’un entretien oral. Le niveau varie énormément d’un établissement à un autre et le niveau pour entrer dans le mien était vraiment basique. Probablement parce qu’ils savaient que j’occupais un poste d’assistante de langue dans le meilleur collège public de la prefecture et pour eux il s’agissait d’une preuve suffisante de mon niveau en anglais. J’ai complètement foiré l’examen administratif (avec les textes de loi et réglementations, le truc bien chiant), mais vu que je n’avais pas étudié pour, c’est plutôt normal.

 

L’entretien de recrutement oral s’est lui aussi passé de façon assez informelle, avec des questions portant sur ma volonté de rester au Japon sur le long terme, sur ce que je pensais de l’enseignement au Japon, etc. Pour avoir lu des livres sur les entretiens d’embauche pour devenir enseignant au Japon, je peux dire que je n’ai eu aucune question-type, ce que j’ai trouvé surprenant. Je me suis contentée de répondre de façon honnête, même si ma réponse n’était pas conforme aux attentes. J’ai juste répondu en montrant que ma façon de penser n’était pas absolue, que même si j’avais mes propres convictions sur tel ou tel sujet, j’étais totalement capable de m’adapter à une nouvelle façon de faire si cela m’était demandé.

 

Ils avaient de toute façon déjà décidé de m’engager et cet examen ne semblait apparemment être que pure formalité.

 

J’ai par la suite été invitée à participer à différents évènements de l’école. Je n’ai jamais signé aucun contrat de travail. Ah, et je n’ai jamais demandé les conditions salariales avant d’être engagée (pas plus qu’on ne me les a fournies). Je savais que j’allais gagner dans les 18 man la première année – info obtenue d’une connaissance qui travaille dans un lycée privé – mais je n’ai pas cherché à en savoir plus. J’ai pourtant finalement demandé des détails sur les conditions de travail, à force d’être harcelée par des questions des membres de la famille, mais je ne me suis pas trop posée de questions moi-même. Ce n’était pas ma priorité (le visa pour rester au Japon l’était) et j’avais confiance dans le directeur.

 

Voilà pour mon expérience concernant mon recrutement. J’ai bien conscience qu’il s’agit d’une expérience atypique qui risque de ne pas vous aider beaucoup, mais je voulais montrer que ce genre de recrutement existe aussi.

 

Et vous, si vous travaillez au Japon, comment s’est passé votre recrutement ? Etait-il conforme au recrutement typique nippon ou bien avez-vous vécu une expérience particulière lors de votre recherche d’emploi ? Dites-nous tout !

 

Et si vous avez des questions ou des commentaires, n’hésitez pas !

8 comments

  1. Je viens juste de trouver ce blog via agoravox et je sens que je vais y passer quelques temps à lire les différents articles.

    Cela dit, 18 man !? C’est du temps partiel ? Parce que sinon, c’est vraiment au ras des paquerettes (surtout quand on sait qu’un ALT gagne entre 22 et 25 man facilement). Est-ce qu’il y a au moins les bonus standards de juin et janvier ?

    1. Merci pour ton com! ^^

      C’est du net après tous les prélèvements (taxes, assurances santé/emploi etc), et sans les bonus. Avec les bonus (2 fois par an), j’ai 23 man nets, toutes taxes fixes payées. Le salaire des ALT n’est pas du net car ce sont des hijoukin (temps partiels), et il est avant taxes. Ils doivent payer leur assurances en plus.

  2. Oh je sais, je l’ai été pendant trois ans. Cela dit, je pense que je tournais autour de 19-20 man une fois tout payé (et je n’avais pas à être là pendant les vacances).

    1. Je pense qu’il y avait des taxes et assurances que tu ne devais pas payer, étant un temps partiel.
      Le travail d’ALT est bien au début car effectivement on a pas à être là pdt les vacances, pas plus qu’on a à assister aux réunions. Mais au long terme, c’est mieux d’être joukin, en tout cas pr le salaire.
      Après, ALT j’ai bien aimé pendant un an car ça m’a donné de l’expérience, mais je n’aurais pas fait ça au long terme car je n’avais pas ma propre classe.

      1. Si si, je payais tout scrupuleusement.
        Bon, pour le boulot, c’était un cas particulier puisque bien qu’ayant le statut d’ALT, j’étais en pratique le prof d’anglais de tous les élèves de primaire d’une petite ville (donc j’avais mon planning du mois un mois à l’avance et je préparais mes cours etc.)

  3. Coucou,

    je suis une étudiante française qui vit à Kyoto depuis 2 ans où j’ai peaufiné mon apprentissage du japonais.

    Ton blog est très inspirant, je cherche des universités avec Licence d’enseignement dans le Kansai pour devenir professeur en primaire/collège/lycée (j’ai eu l’occasion de visiter des écoles durant mon séjour et ça m’a bouleversé. Les écoles y sont tellement ludiques, il y a de tout partout, pour tous les goûts, et les enfants étaient tellement intéressant et aussi intéressés par moi, petite expat française).

    Enfin, quelques questions: Quel est le nom de la licence d’enseignement que tu conseilles de suivre pour devenir professeur d’anglais en université japonaise?

    Dans cet article, ton entretien s’est-il passé à l’époque en japonais ou en anglais?
    (je pense en japonais mais je voudrais confirmer) et quel était ton niveau à l’époque?

    J’ai un niveau N3 et compte passer le N2, j’ai déjà passé des entretiens d’embauche en japonais ici sans problèmes majeurs mais c’est à titre informatif 🙂

    Merci beaucoup, je retourne à ma lecture

    1. Merci pour ton com !
      En univ japonaise, il n’y a pas besoin de licence d’enseignement. Ce qui va faire la différence pr obtenir un poste, c’est les publications scientifiques et les pistons. Par contre ils préfèreront un native pour enseigner l’anglais (question d’image). C’est hyperbouché donc meme les native ont du mal à trouver un job, sauf peut-être une univ privee rurale… Mauvais plan à mon avis. Le fait que j’ai pu obtenir un job facilement comme prof d’anglais au nv lycée c’est que meme les native n’ont pas de licence d’enseignement. Dans qqs années ça changera peut etre.

      Mon entretien était en japonais et j’étais proche N1. Pour intégrer une univ japonaise je te conseille un niveau N1. J’avais un niveau N2 et j’ai eu de la chance que mon univ ne soit pas de haut niveau.

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