Vis ma vie d’ALT

teachermemeLa vidéo ci-dessous vous invite à suivre un ALT tout au long de sa journée de travail au sein d’un établissement japonais. On aurait pu se passer du début et de la fin, mais souvenez-vous d’une chose quand même : un ALT doit toujours bien présenter et se doit d’être toujours “super genki” (=super en forme), toujours souriant et enthousiaste car c’est son job (du moins, c’est comme ça que les Japonais perçoivent son job).

Je l’ai choisie car elle est assez représentative de la réalité du terrain et vous laisse visiter l’intérieur d’un établissement scolaire japonais lambda.

13 comments

  1. La vidéo est très intéressante. Bon, comme tu le dis, l’intro est un peu de trop (en mode “je vous montre bien mes muscles”), mais l’énergie de ce type est vraiment communicative, et on comprend qu’il faut bien ça pour capter l’attention d’élèves un peu blasés par des cours qu’ils perçoivent comme une contrainte.
    Respect à cet ALT en tout cas, il faut être sacrément positif pour rester tout le temps à ce point souriant.

    En voyant la vidéo, on constate qu’il parle systématiquement anglais, que ce soit avec les profs ou avec les élèves.
    Je suppose que c’est essentiellement parce qu’il est ALT, non? Vu que son rôle est d’apporter une touche non-japonaise à l’école, je comprends qu’il lui soit plus facile de se trouver une place en parlant toujours anglais.

    Je serais en revanche curieux de savoir comment tu as vécu ce changement entre les deux statuts. Est-ce que tu as relevé un véritablement changement dans la façon de te comporter, dans tes rapports avec les élèves, depuis que tu es enseignante?
    Es-tu passée du “tout anglais” au “tout japonais” ? Est-ce que tu es plus stricte, plus autoritaire, moins “étrangère” dans ta façon de te comporter?

    Personnellement, dans mon entreprise, au tout début j’essayais de faire vraiment tout comme les Japonais, donc en bon shinjin je m’écrasais souvent, je donnais rarement mon avis, etc… Mais avec le temps, j’ai pris l’habitude de faire ressortir mon côté français, je blague plus souvent, je parle de manière moins formelle (bon, évidemment, je reste toujours poli avec les sempai), bref, je m’éloigne un peu du mode japonais, et ça ne déplaît pas forcément.
    Je serais curieux de savoir si la prise de responsabilité dans l’enseignement te fait devenir plus japonaise ou au contraire plus étrangère (même si dans ton cas c’est différent, car l’ALT serait plutôt l’équivalent dans l’entreprise d’un stagiaire, donc c’est carrément le statut qui change, et pas uniquement l’expérience).

    1. Merci pour ton com !

      Les ALT ont normalement interdiction de parler japonais. Certains se sont faits renvoyer rien que pour ça.

      “Je serais en revanche curieux de savoir comment tu as vécu ce changement entre les deux statuts. Est-ce que tu as relevé un véritablement changement dans la façon de te comporter, dans tes rapports avec les élèves, depuis que tu es enseignante?
      Es-tu passée du “tout anglais” au “tout japonais” ? Est-ce que tu es plus stricte, plus autoritaire, moins “étrangère” dans ta façon de te comporter?”

      Moi, je voulais rester au tout anglais, pour permettre aux gamins d’avoir un environnement anglais où ils seraient obligés de parler anglais avec moi pour communiquer. Mais malheureusement, nos élèves ont un niveau quasi nul en anglais en première année (certains ne savent pas l’alphabet) donc il est impossible de communiquer avec eux en anglais pour faire du seito shido (éducation) par exemple. Ils ne comprennent pas les consignes en anglais donc j’ai switché en partie en japonais. Je garde l’anglais pour les 2nd et 3ème année. Mais par exemple, j’ai un cours de grammaire avec les 3ème année. Va expliquer tte la grammaire en anglais ! Les élèves veulent absolument une traduction des phrases en japonais donc je finis par expliquer en japonais, ce qui est difficile car je n’ai pas appris l’anglais de façon grammaticale à la sortie du lycée, mais de façon “naturelle”, en lisant et écoutant. Donc quand j’utilise de l’anglais, j’utilise telle ou telle forme car ça sonne “naturel”, pas pour telle ou telle raison grammaticale.

      Je suis stricte, mais ça c’est naturel chez moi. J’aime l’ordre et la discipline et c’est pour ça que je suis venue au Japon. Du coup, je pense que les élèves me trouvent stricte et que ça leur change du gaijin friendly et toujours de bonne humeur, super sympa tout le temps même quand les élèves ont un comportement inapproprié. Ma prise de responsabilité n’a pas changé ma personnalité mais je pense que j’ai dû m’adapter à la façon d’éduquer à la japonaise (éviter l’affrontement, la façon de disputer etc.). Ca c’est difficile car c’est à l’opposé de ce que j’ai connu en France. Je ferai sûrement un article dessus quand j’aurais analysé la chose en profondeur.

  2. Ah, je ne savais pas pour les ALT qui étaient obligés de parler anglais tout le long. Ca doit demander pas mal d’efforts quand tu as pris l’habitude de toujours parler japonais (je suppose que les profs d’anglais attendent également des ALT qu’ils leur parlent en anglais).

    C’est surprenant ce que tu dis à propos de l’alphabet qui n’est même pas maîtrisé par certains 1ères années. L’anglais aurait donc un coefficient suffisamment peu important lors du passage collège/lycée pour permettre à des analphabètes (je dis ça sans connotation péjorative hein, ils sont Japonais donc ça n’a pas le même sens) de rejoindre certains lycées. Je pensais que quel que soit le lycée, l’anglais restait plutôt en haut des priorités.

    Concernant ton dilemne, je comprends complètement. Moi-même j’ai “assimilé” plutôt “qu’appris” les langues anglaises et japonaises, donc si je suis capable d’utiliser les bonnes tournures naturellement, quand on m’interroge sur le pourquoi du comment, j’ai du mal à donner des explications parfaites. En japonais c’est déjà plus simple car la grammaire est très éloignée de la nôtre, donc on s’habitue à faire des liens entre les deux langues, on est obligé de partir de zéro sur les notions grammaticales. Mais l’anglais reste extrêmement proche du français dans sa structure (même si l’ordre des mots diffère), et par exemple, un Français ne viendra jamais te dire qu’il ne comprend pas le mot “the” (même s’il aura parfois du mal à l’utiliser au bon endroit). A l’inverse, un Japonais est complètement étranger à ces notions là, donc quand on te demande pourquoi il y a un “the” dans cette phrase, tu es tenté de répondre “ben c’est plus naturel”.

    Je suppose que pour un étranger, c’est vraiment là que se trouve la difficulté, en plus de devoir le faire dans une langue différente de celle qu’on enseigne et de celle qu’on maîtrise le plus.
    Par contre, perso j’ai toujours considéré que les notions de grammaire devaient être enseignées dans la langue de l’élève. Si l’élève a le niveau pour comprendre toutes les explications grammaticales en anglais, c’est en théorie qu’il n’a plus besoin de cours de grammaire (même s’il pourra avoir besoin de petites leçons de temps en temps).

    Pour ce qui est du comportement, c’est ce que je voulais savoir. J’avais peur qu’un prof étranger se retrouve malgré tout cantonné à son rôle de “pote-professeur” même une fois devenu enseignant. Je suis rassuré ^^

    1. “C’est surprenant ce que tu dis à propos de l’alphabet qui n’est même pas maîtrisé par certains 1ères années. L’anglais aurait donc un coefficient suffisamment peu important lors du passage collège/lycée pour permettre à des analphabètes (je dis ça sans connotation péjorative hein, ils sont Japonais donc ça n’a pas le même sens) de rejoindre certains lycées. Je pensais que quel que soit le lycée, l’anglais restait plutôt en haut des priorités.”

      Bah, les gamins qui pigent rien en classe, ils passent dans la classe supérieure quand même. Le but de l’école n’est pas de former des élites, mais de former des gens qui sauront s’intégrer dans la société japonaise et y contribuer. Le plus important est l’éducation (morale aussi), les savoirs viennent ensuite. Pour ceux qui veulent devenir l’élite, il y a les juku. Donc avoir un enfant, ça coûte bonbon finalement.

      Je pense que les élèves s’attendent à ce que tu sois leur pote car ils ont cette image de gaijin. Ils ont tendance à se relâcher question discipline. Mais si tu es ferme, ils comprennent que tu es comme les autres profs. Parfois, ils ne comprennent la raison pour laquelle on est aussi ferme que les autres profs. Alors on fait du seito shidou, de préférence à la japonaise (on fait ça pour le bien de tous, on ne fait pas ça pour ne pas nuire aux autres etc). Et finalement, ils comprennent qu’on est sur la même longueur d’onde que les autres profs : on est là pour les éduquer pour qu’ils deviennent des Japonais qui contribuent à la société, pas des boulets inadaptés. Après, il faut passer du temps à parler avec eux en dehors des cours, pour s’intéresser à eux et créer un lien entre eux et toi. N’oublie pas qu’il faut créer une interdépendance affective entre eux et toi. XD

  3. Effectivement, les Japonais n’ont pas la même vision du redoublement que les Français, mais le fait est qu’il y a un concours d’entrée pour le lycée, donc je pensais que quel que soit le lycée, il était exigé des élèves pour l’intégrer de maîtriser au moins l’alphabet.

    Pour ce qui est du Gaijin-pote, c’est clair que c’est une grosse tendance ici. Je suis déjà allé dans un collège avec mon club, et j’ai eu droit à tout, le yobisute, registre familier, et même les shimoneta (le collégien qui me dit à propos de sa prof à côté : 先生とやりたい?, d’une façon qui ne laissait aucun doute quant au sous-entendu :p). C’est marrant quand on y va comme ça, mais en tant que prof ça doit devenir vite pénible, donc il vaut mieux mettre les points sur les i assez rapidement.

    J’ai été amené à fréquenter des jeunes de tous âges, allant du primaire à l’universitaire, et il y en avait pas mal qui se montraient familiers. Paradoxalement, ou pas, sur une cinquantaine de kohai dans mon entreprise, pas un seul n’a essayé de me parler familièrement. Sachant qu’ils étaient tous étudiants quelques semaines plus tôt, je trouve ça assez amusant comme fossé.
    Quoi qu’il en soit, c’est intéressant ce que tu dis sur l’interdépendance affective entre les élèves et toi. J’espère que tu as un article de prévu sur la question, ça m’intéresserait beaucoup de savoir comment tu t’y es personnellement prise sur ce plan. Car c’est ce qui m’attire le plus.

    1. “Effectivement, les Japonais n’ont pas la même vision du redoublement que les Français, mais le fait est qu’il y a un concours d’entrée pour le lycée, donc je pensais que quel que soit le lycée, il était exigé des élèves pour l’intégrer de maîtriser au moins l’alphabet.”

      Les lycées privés ont besoin de clients malgré le phénomène de dénatalité, donc…

      “Sachant qu’ils étaient tous étudiants quelques semaines plus tôt, je trouve ça assez amusant comme fossé.”

      C’est parce qu’avant t’étais pas entré dans leur système hiérarchique. Si tu as été seulement 6 mois et 1 an à la fac, tu étais ryuugakusei non ? Dans ce cas, tu es en dehors de la hiérarchie. Moi j’étais kisokusei et si de premier abord ils se la jouaient potes avec moi, dès que je leur disais que j’étais kisokusei et leur senpai, ils revenaient tout de suite à la forme polie. Je pense que c la même chose pour ton job : tu existes dans la hiérarchie maintenant.

      “Quoi qu’il en soit, c’est intéressant ce que tu dis sur l’interdépendance affective entre les élèves et toi. J’espère que tu as un article de prévu sur la question, ça m’intéresserait beaucoup de savoir comment tu t’y es personnellement prise sur ce plan.”

      J’y pensais justement. Mais il faut que je m’auto-analyse encore un peu pour prendre du recul sur la question. XD

  4. Oui je n’étais que ryuugakusei, mais en fait j’ai vraiment eu droit à tout. Dans mon club de Karuta, ils utilisaient presque tous le registre poli (et c’est également majoritairement le cas pour tous les joueurs de Karuta qui sont extérieurs à mon club). Dans l’UFR de droit, c’était familier dans mon premier zemi, et à moitié poli dans le second. A Keio, j’avais les 3e années qui étaient polis, et les 4e années qui étaient familiers. Bref, c’était assez chaotique, mais effectivement, c’est lié au fait que je suis indiscutablement dans la hiérarchie maintenant, alors qu’avant j’avais un peu le cul entre deux chaises, pour parler de manière poétique.

    Je devrais finir de lire tous tes articles dans peu de temps, donc j’ai hâte de voir la suite 😉

    1. Sans oublier les particularités des clubs et autres : les gars des clubs de baseball sont hyper polis par exemple…

  5. Je suppose que ce qui joue le plus au final, c’est si tu étais là avant ou après eux, quel que soit ton âge. Même si certains gardent malgré tout ce réflexe.

    Pour le baseball, c’est vrai que ça impacte pas mal. D’ailleurs j’ai été surpris d’apprendre récemment qu’en basket, c’était l’inverse : comme on doit crier le nom des joueurs rapidement, il est apparemment fréquent de zapper les suffixes même avec des sempai. Parce que “Taniguchi-sempai !!! quand tu veux prévenir un type qu’un joueur adverse fait un écran et va le bloquer, c’est pas ce qu’il y a de plus pratique ^^.”

    1. Ca depend pour l’age : tous les senpai plus jeunes que moi ont continue a me parler en forme polie meme apres leur avoir dit d’utiliser la forme neutre.

      1. Là tu parles au boulot ou à l’université?
        Parce qu’au boulot, perso, j’ai des sempai plus jeunes et tous me parlent familièrement.
        A l’université, ça va vraiment dépendre des gens, j’ai eu des sempai plus jeunes qui n’ont jamais essayé de me parler familièrement, et d’autres qui l’ont fait immédiatement. Généralement je laisse couler, et les seules fois où je propose d’opter pour le registre familier, c’est quand je m’entends bien avec l’autre et qu’il alterne de lui-même entre les deux styles (en gros je vois qu’il veut passer au familier, mais il n’ose pas complètement).
        J’ai globalement l’impression que quand tu es dans un cadre un peu international (club avec d’autres étrangers, UFR international, etc…), les Japonais ont recours bien plus facilement au registre familier. En revanche, dès que tu vas dans un milieu où les étrangers ne sont pas du tout représentés, là c’est le registre poli qui commence à primer. M’enfin, il est quand même difficile de faire des généralités, et je suis sûr que ça change en fonction des régions.

      2. Je parle pour l’université.

        “J’ai globalement l’impression que quand tu es dans un cadre un peu international (club avec d’autres étrangers, UFR international, etc…), les Japonais ont recours bien plus facilement au registre familier. En revanche, dès que tu vas dans un milieu où les étrangers ne sont pas du tout représentés, là c’est le registre poli qui commence à primer. ”

        Je pense pareil.

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