L’art d’écrire des rapports au Japon, Partie 1 : … ou plutôt de ne pas les écrire.

burning-outMettons-nous d’abord d’accord sur un point : je ne suis pas contre le principe d’écrire des rapports ou des comptes-rendus. Je considère que c’est un outil utile pour l’évaluation ou la communication de résultats ou bien encore pour donner un feedback dans le but d’améliorer une situation ou réviser un projet. Mais, au Japon, certains ont une obsession du rapport qui va bien au-delà de sa réelle utilité…

 

Au début, j’étais quelqu’un de consciencieux. Si, si. Un enseignant ou un administratif me disait « Veuillez écrire un rapport/compte-rendu sur votre expérience lors de la visite de –insérer nom de ville ou d’école– » et je l’écrivais. Et j’avais à peine fini d’écrire ce compte-rendu qu’un autre compte-rendu était demandé. Je me disais « La vache, ils sont grave sérieux au Japon ! » –petizieux pétillants– et je m’appliquais à les écrire alors que mon emploi du temps était déjà bien occupé par mes propres cours et en fin de semestre les rapports que je devais écrire pour ces cours afin de valider mes crédits. Pourquoi je prenais du temps pour écrire ces rapports supplémentaires n’ayant aucun lien avec mon évaluation directe alors ? Parce que d’1, on me les demandait et que, même si j’en n’ai peut-être pas l’air, je suis quelqu’un d’obéissant de nature lorsqu’il s’agit d’une demande émise par une personne que je considère comme étant placée plus haut dans la hiérarchie, et de 2, je pensais que ces rapports avaient une utilité pour l’amélioration du « système ».

 

Jusqu’au jour où je me suis aperçue qu’ils ne servaient qu’à en extraire des commentaires qui étaient collés sur des posters affichés dans les couloirs et qui faisaient office d’une sorte de rapport d’activité de la section anglais ou d’autres sections. J’ai considéré que le temps passé à écrire ces rapports était du temps perdu et j’ai donc ignoré toutes les demandes ultérieures de rapports et comptes-rendus que je considérais comme non indispensables. Est-ce que quelqu’un m’a fait un reproche quelconque ? Même pas. Lorsqu’on me demandait un rapport, je disais « oui, oui » et je laissais courir. Que les autres perdent leur temps à écrire ces comptes-rendus ! Moi, j’ai mieux à faire, comme d’essayer d’obtenir une licence d’enseignement en 3 ans au lieu de 6, alors que tous les autres suivent un cursus normal et on donc beaucoup plus de temps à perdre (si on peut faire 6 ans en 3 sans avoir aucun cours qui se chevauche avec un autre, vous vous imaginez bien que l’emploi du temps d’un cursus normal est sacrément « aéré », hein).

 

Après, j’ai beau être quelqu’un de consciencieux, je suis aussi quelqu’un d’extrêmement feignasse. Si, si. J’ai aussi la merveilleuse capacité de ne pas voir ce que je ne veux pas voir. Une facture dans ma boîte aux lettres ?… Quelle facture ?… Je referme consciencieusement la boite aux lettres avec la facture dedans. Peut-être qu’elle disparaitra comme par magie, qui sait ?… Ce manège dure plusieurs jours jusqu’à ce que je me rendre à l’évidence que non, cette facture ne disparaitra pas et je me résigne alors à la prendre.

 

Même chose pour les mails demandant un rapport pour mon activité de teaching assistant (TA) demandé par la fac. Le premier, je ne l’ai même pas vu, pour vous dire. J’ai dû avoir le mail, certainement. Plusieurs fois d’ailleurs, car ils sont assez obstinés lorsqu’ils veulent avoir leurs rapports. Mais non, aucun souvenir. Même dans mes spams, aucune trace (bien que ça soit sa place en fait… XD). Et puis l’un de mes profs m’a appelée en me demandant de l’écrire « même si je sais que vous êtes très occupée avec vos études » car sinon c’était lui qui se faisait sermonner par l’administration de la fac et il était d’ailleurs en train de se faire harceler par l’administration en ce moment-même. Et là, j’étais coincée car je n’aime pas nuire aux gens.

 

Alors je l’ai écrit. J’ai pris du temps pour l’écrire alors que les questions étaient souvent incongrues à mon sens… Ce que je fais en tant que TA ?… Eh ! Je fais les photocopies et je prends l’appel ! Un chimpanzé bourré à la vodka pourrait faire mon job !

Entre autres questions :

« Quels effets a eu la réunion de formation des TA sur votre travail de TA ? »

… Y’avait une réunion de formation ??… Oups… Attendez, faut vraiment une formation pour apprendre à faire l’appel et des photocopies ? Sérieux ?… Je croyais qu’il fallait juste appuyer sur un bouton, moi… Ah, les mystères cachés de l’art de la photocopie… J’aurais trop aimé en apprendre toutes les arcanes, ça aurait changé ma vie, je suis sûre. (-_-) Autant vous dire qu’ils ne m’ont pas vue pour la réunion suivante non plus.

Et puis : « Qu’est-ce qu’il serait possible d’améliorer pour ce travail de TA ? ». Ouais, pourquoi pas ? Au moins c’est une question utile, celle-là. Et donc je l’ai écrit sérieusement. J’ai même fait des petites propositions pour tenter d’améliorer un petit peu le schmilblick, voyez ? Je l’ai envoyé, avec le secret espoir d’avoir un tant soit peu pu participer à l’amélioration du système, toussatoussa… Et ? Ben rien. Le semestre est passé sans qu’aucune ombre de changement n’ait lieu au sein du « système ». Le calme plat…

 

Et une autre demande de rapport d’activité est alors arrivée dans ma boîte emails. J’ai halluciné. Quelle était l’utilité du temps passé à écrire ce censuré de rapport ?! Aucune ! Strictement aucune ! J’ai commencé à douter… Est-ce que mon rapport avait même été lu ?! Alors je me suis dit que j’allais faire une petite expérience…

 

Lorsque cette nouvelle demande de rapport pour ma fonction de TA est arrivée dans ma boite email, j’ai laissé trainer… Paske faut pas changer ses habitudes : il parait que ça donne de l’eczéma.

 

Et puis une relance est arrivée, une autre et j’ai enfin mis mon plan à exécution… Pour ce nouveau rapport de TA, j’ai pris mon ancien rapport, fait un copier-coller, changé la date et basta, je l’ai envoyé tel quel. Et j’ai attendu… J’ai attendu longtemps… Leur réaction ? Aucune. Un laconique « Merci d’avoir envoyé votre rapport », comme d’habitude. Ahah ! J’avais donc raison : ils envoient des demandes de rapports, mais en fait personne ne les lit ! Et une activité chronophage en moins sur ma liste de choses à faire, une !

 

Et ils peuvent s’asseoir sur leur dernier rapport. Rien que le fait de faire un copier-coller est une perte de temps pour un rapport qui de toute façon ne sera pas lu. S’il n’est même pas lu, son existence n’est pas justifiée, c’est pas plus compliqué que ça.

 

La conclusion de toute cette affaire ? Au Japon, ne perdez pas votre temps à écrire des rapports non indispensables à votre évaluation. Que vous les écriviez ou pas, de toute façon, rien ne changera. Et probablement personne ne les lira non plus. Vous pouvez toujours tâter le terrain par sécurité, évaluer quelles seront les conséquences de ne pas écrire tel ou tel rapport, mais en tout cas ne vous épuisez pas à écrire sans réfléchir tous les rapports qu’on vous demande.

 

Gardez en tête que vous avez mieux à faire : vous concentrer sur vos études.

 

Alors, pourquoi cette obsession des rapports et comptes-rendus en tous genres (dont certains ne seront même pas lus en plus) ? La réponse à cette question sera détaillée dans un prochain article. Mais je peux déjà vous dire qu’il y a un lien avec l’école et l’éducation qu’on y dispense… Stay tuned!

2 comments

  1. Toujours aussi jubilatoire de lire ton blog! Merci pour le partage de tes nippones expériences d’enseignante.J’adore.

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