Mon expérience d’ALT au Japon Partie 2 : La 4ème dimension

teachermemeFaisant suite au précédent article, je vais vous en dire un peu plus sur le collège où je travaillais. Oui, l’article s’appelle « La 4ème dimension », vous allez voir pourquoi.

Ehh, la 4ème dimension ?! Tu travaillais dans quel genre de collège ?!

D’abord, il faut savoir que ce n’était pas un collège public ordinaire, mais un collège public dit “affilié” (fuzoku) à une université (ma fac). Par conséquent, il s’agissait d’un établissement pilote, qui expérimente beaucoup car il collabore avec les enseignants de la fac pour leurs recherches et a en plus beaucoup de moyens financiers (ipads, un ordinateur récent par enseignant, vidéo projecteurs dans toutes les salles etc.). Tous les parents veulent mettre leur enfant dans ce collège car il s’agit du meilleur collège de la préfecture, celui qui permettra à leur enfant d’intégrer Daiichi Koukou (Premier Lycée de Morioka) avec la perspective d’un brillant avenir, toussatoussa. En d’autres mots, un environnement privilégié.

C’est pas vraiment la 4ème dimension, tout ça… Et les élèves, ils étaient comment ?

Vous savez ce qu’est un Choupinou ? Si vous êtes prof, vous en avez eu au moins un au cours de votre carrière dans votre classe. Si vous n’êtes pas prof (personne n’est parfait XD), essayez d’imaginer l’élève le plus adorable, respectueux et travailleur possible. Ca y est ?

Donc, imaginez…

Vous prenez un Choupinou. Vous le clonez. 39 fois, parce que ce sont des classes de 40. Ca vous fait une classe de Choupinou. Vous clonez cette classe 3 fois et ça vous fait donc tout un niveau (4 classes) de Choupinou. Et ce niveau, vous le clonez 2 fois (le collège est de 3 ans au Japon) et ça vous donne…

TOUT UN COLLEGE DE CHOUPINOU !! (OoO)

Imaginez…

Aucun surveillant dans les couloirs (pas besoin, ils se surveillent tous seuls)…
Des élèves qui vous accueillent en vous saluant avec le sourire…
Des forêts de bras qui se lèvent pour répondre à vos questions en cours…

Temps passé à faire la discipline ? Une moyenne de 0,3 seconde par cours. Lorsqu’ils commencent à bavarder (ça arrive souvent la 6ème heure de cours le vendredi), un simple “Be quiet, please!” et ils se calment pour l’heure. Ou il suffit simplement de s’arrêter de parler et d’attendre, et ils comprennent le message en moins de 5 secondes.

C’est un peu comme la 4ème dimension en fait, mais de façon positive.

Tu plaisantes ! Ils ne sont pas tous choupinous, non ?

Ah, les première années ont besoin d’un peu plus de discipline (moyenne de 1.2 secondes par cours) et il y a bien quelques lascars manquant sérieusement d’éducation à mon humble avis, mais j’ai un seuil de tolérance extrêmement faible. Quand ils sont de mauvaise humeur (l’adolescence, hein), ils peuvent avoir quelques mots ou attitudes limites envers les enseignants, mais c’est extrêmement rare. Qui plus est, l’enseignant ne fait jamais de confrontation directe, ne punit jamais (il n’y a pas d’heures de colle car c’est considéré comme non éducatif) et laisse couler, quitte à revenir sur le sujet avec l’élève en privé ultérieurement. Ces sautes d’humeur sont considérées comme normales et les élèves se font sermonner sur d’autres points qui pourraient paraître totalement annexes pour un Français mais qui sont de première importance au Japon. J’y reviendrai dans un autre article mais, par exemple, les élèves ne se font pas du tout sermonner quand ils arrivent en retard (certains sont des retardataires chroniques) mais un élève de troisième année se fera vertement engueuler s’il a laissé maman appeler l’école pour prévenir du retard au lieu d’appeler lui-même, car ça signifie qu’il n’a pas pris ses responsabilités.

Les première années sont assez spéciaux des fois. Certains font preuve d’un comportement inadapté assez déconcertant. Une fois, j’ai remarqué qu’un élève avait subitement disparu. Je vais vers sa place et… je le vois en position couchée sur le sol en train de contempler le plafond ! Pourquoi ? Aucune idée. Et vu son air un peu perdu quand il s’est rassis en me voyant, il n’avait pas vraiment d’explication lui-même. Ca lui a pris comme ça, c’est tout. Et certains première années (à peu près 5 par classe, les autres sont déjà rentrés dans le moule et sont simplement un peu dissipés) sont encore dans l’instant et/ou assez égocentrés (prise de parole sans se soucier de leur environnement par exemple). Ils ne sont cependant pas punis pour ce genre d’attitudes inadéquates. Ils sont simplement considérés comme immatures et les enseignants les éduquent tout au long de l’année (par le dialogue, la réflexion et le renforcement positif) pour qu’ils se débarrassent de ce genre de comportements. Ca marche assez bien car ces comportements ne se voient pas du tout (en tout cas, je n’ai jamais remarqué) chez les 2ème et 3ème années.

Et les profs sont comment ?

Des gens toujours agréables, qui ont répondu à toutes mes questions (même les plus stupides) concernant le collège, le métier etc. avec grande patience. Cela a été facile pour moi de participer à leurs conversations et je ne me suis jamais sentie exclue de l’équipe, bien que je ne fusse pas là tous les jours vu que c’était un temps partiel. Etant donné qu’il s’agit d’un collège affilié, ils ont une charge de travail assez astronomique mais, malgré la fatigue (certains avaient parfois une tête de zombie, il faut être honnête), j’ai été assez impressionnée par leur capacité à “endurer” cet état.

J’ai beaucoup aimé leur côté “Dr. Jekyll and Mr. Hide”: ils étaient capables de plaisanter en salle des profs et la seconde d’après de prendre une tête de yakuza pour “sermonner” un élève avant de revenir reprendre tranquillement part à la conversation en rigolant. A savoir qu’au Japon, une majorité des enseignants de collège et lycée sont des hommes car ce métier n’est que difficilement compatible avec une vie de famille. Du coup, pas mal d’enseignants peuvent jouer un rôle de yakuza, ce qui me rend terriblement jalouse car je ne serais pas du tout crédible dans ce rôle avec ma voix de petite fille (il est arrivé qu’on me sorte « Ta maman est là ? » au téléphone, voyez comme c’est sans espoir dans mon cas…). Mais comme les enseignantes femmes de ce collège ont aussi une forte poigne et peuvent aussi être capables de terroriser toute une classe par un simple regard je me dis que tout n’est peut-être pas perdu…Y’en a même une, elle peut devenir un vrai yakuza pur jus vraiment flippant, mais quand vous la rencontrez elle vous sort « Appelez-moi Lady Gaga » parce qu’elle s’appelle Kaga et que dans le nord, on a tendance à prononcer les « ka » en « ga ».

Et l’ambiance ?

Mmm… Un peu comme à l’armée, mais en plus cool ? Je m’explique. L’ordre et la discipline règnent, les déplacements se font souvent au pas de course à chaque sonnerie et les rassemblements se font avec les élèves en rang d’Ognon. Le collège a une tradition où tous les élèves participent à une chorale et ils s’entrainent donc en autonomie dans leur classe en début et en fin de journée, sans aucune supervision. Et ils peuvent tous chanter a capella ! Lorsqu’ils se réunissent dans le gymnase (en rang d’Ognon), les classes n’arrivent pas au même moment mais ils sont capables de commencer à chanter lorsqu’ils arrivent à leur position en prenant le chant en plein milieu de la partition ! Et c’est le conseil des élèves qui gère la discipline (l’écartement des rangs, que tout le monde chante etc.), pas les enseignants.

Les homerooms (réunions du matin et de l’après-midi) s’organisent sans la présence des enseignants : les élèves les commencent de leur plein gré, prennent tour à tour la parole pour communiquer les informations importantes et l’enseignant n’arrive qu’en fin de réunion pour communiquer ses propres informations au groupe classe.

En plus de ça, le ménage se fait dans un silence quasi-religieux car les élèves ont interdiction de bavarder. C’est le seul moment de la journée où les enseignants les surveillent car ils savent que les élèves ont tendance à se dissiper. D’un autre côté, il faut prendre en compte le fait qu’il n’y a JAMAIS de récréation dans la journée et que la pause de midi n’est que de 20 min pour que les élèves se défoulent, sachant qu’en plus cette pause est souvent inexistante pour une raison ou une autre (entrainement de chorale, entrainement de cheerleeding au niveau de l’école etc.).

L’auto-discipline est tellement ancrée en eux qu’il y a des semaines sans sonneries, où les élèves se déplacent de façon automatique, se rendent au cours sans avoir aucun garde-fou pour leur rappeler l’heure. Et les cours ne commencent pas à l’heure étant donné qu’il y a la « règle des 3 minutes », c’est-à-dire que les élèves doivent être à leur bureau, assis en position d’écoute, attentifs et en mode « apprentissage » 3 minutes AVANT le début des cours. Et même sans sonnerie de toute la journée, ils en sont capables. Ouaip. La 4ème dimension, je vous dis. Evidemment, ils remercient et s’inclinent devant l’enseignant en début et fin de chaque cours pour lui montrer leur respect et le remercier de leur dispenser son savoir.

Le côté cool ? Parfois, on a plus l’impression que les enseignants sont leurs potes ou leurs parents plutôt que leurs enseignants. Ils plaisantent beaucoup avec eux et j’ai remarqué beaucoup de contacts physiques entre pas mal d’enseignants et d’élèves. Une petite séance de massage d’épaules entre la prof de musique et les élèves ? CHECK. Des chatouilles du prof d’anglais en cas d’oubli de matériel ? CHECK. Moi, au collège, j’avais droit à un laconique « Je vous mets une croix » et au bout de 3 croix, c’était 2 heures de colle, mais apparemment les chatouilles c’est plus efficace vu qu’il y a très peu d’oublis de matériel. La 4ème dimension, je vous dis.

Voilà, vous avez eu un portrait du collège dans lequel je travaillais.

Alors, qu’est-ce que vous en dites ? Ce collège vaut son pesant de cacahuètes, non ?

Et finalement, il y aura une 3ème partie, la dernière. Stay tuned!

 

6 comments

  1. Hallucinant XD ! Je suis curieuse de voir comment ça se passe dans un collège japonais lambda pour comparer. L’auto-discipline des élèves me semble être une généralité !

    1. Merci pour ton com. ^^

      Il y a collège lambda et collège lambda. Généralement, les collèges des préfectures rurales sont calmes et les élèves disciplinés. Certains collèges des grandes villes (surtout Tokyo et Osaka dans les quartiers pauvres) sont considérés assez chauds, mais pas au point où le sont les collèges français. Disons qu’un collège “normal” en France est qualifié de “chaud” ici. L’auto-discipline est une généralité, mais à des degrés divers suivant les collèges. C’est pourtant difficile de décrire une généralité, car les situations varient vraiment d’une préfecture à une autre et d’une ville a une autre.

      1. Oui j’imagine que cela varie d’une école à une autre. Je reste tout de même curieuse de découvrir le système éducatif japonais. Je ne sais pas moi même si j’enseignerai en secondaire car je suis plutôt familiarisée avec un public adulte mais cela m’intéresserait.
        Merci pour ces articles!

  2. Hey Nemuoyaoke !
    ça y est c’est reparti plusieurs commentaires la même journée !
    C’est incroyable car cela donne tout son sens au mot conditionnememnt !
    hontoni dooomo !

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