Mon expérience d’ALT au Japon Partie 1

teachermemeCela fait maintenant presque un an que je travaille en tant qu’ALT au Japon, dans le collège affilié à ma fac. C’est un poste en recrutement direct, à temps partiel avec un emploi du temps très variable, mais il s’agit d’une expérience extrêmement enrichissante. Exercer le job d’ALT au Japon est une excellente occasion de mettre un pied dans l’enseignement de ce pays et c’est pourquoi je vous propose cet article pour vous familiariser avec ce type de travail.

 

Bon, déjà, “ALT”, ça veut dire quoi ?

 

“ALT”, ça veut dire “Assistant Language Teacher”, autrement dit il s’agit d’un job d’assistant d’enseignement de langue étrangère. La majorité des ALT au Japon enseigne l’anglais, mais il existe quelques rares postes pour l’enseignement du français.

 

Et ça fait quoi un ALT?

 

L’ALT enseigne aussi bien en école élémentaire qu’au collège ou au lycée et est, comme le nom l’indique, un assistant, mais ses responsabilités sont très variables d’une école à l’autre. Certains sont uniquement utilisés en tant qu’enregistreurs humains “This is a pen. Repeat after me.”, appelés “human tape recorders” par les ALT eux-mêmes. D’autres sont en charge de tout le cours, aussi bien de la préparation que de la réalisation de ce cours. Mais attention ! Il est légalement interdit pour un ALT d’être en charge d’une classe s’il ne possède pas de licence d’enseignement japonaise (une licence temporaire accordée par le conseil d’éducation de la préfecture ou de la ville suffit toutefois). Le titulaire japonais reste donc dans la salle de classe durant tout le cours.

Dans tous les cas, ce n’est pas l’ALT qui décide lui-même de son niveau d’implication, ce sont les personnes qui l’emploient qui ont tout pouvoir de décision sur le type de travail effectué, et cela quelles que soient les qualifications de l’ALT. Autrement dit, un ALT très expérimenté et bardé de diplômes étrangers peut pourtant se retrouver coincé en position “pot de fleur au coin de la classe” pendant toute une année scolaire, sans qu’il ait son mot à dire. Au contraire, un ALT n’ayant aucune expérience et aucun diplôme peut très bien se voir demander de prendre en charge (concevoir et faire) plusieurs cours dans la semaine, et cela du jour au lendemain.

En plus de ses cours, l’ALT peut se voir demander d’animer des clubs d’activités concernant les langues ou bien participer à des camps d’anglais pendant les vacances scolaires. Parfois, il lui est aussi demandé de manger avec les élèves et/ou de faire le ménage avec eux. Ces activités sont plus souvent exercées par des ALT recrutés directement par les Conseils d’Education et concernent peu les ALT placés par des entreprises privées car ces dernières négocient chaque heure qu’elles accordent au Conseil d’Education. Les situations sont dans l’ensemble extrêmement diverses d’un établissement à un autre.

Question horaires, la journée typique d’un ALT recruté par un Conseil d’Education commence à 8h/9h et se termine à 4h, même s’il n’a qu’une heure de cours ce jour-là. Il doit aussi souvent venir pendant les vacances, même s’il n’a rien à faire, mais cette décision est prise par les employeurs de l’ALT. S’il n’a pas l’obligation de venir, alors son traitement est fréquemment diminué d’autant, et l’ALT se retrouve avec des demi-mois de salaire. L’ALT n’a pas forcément de bureau à lui (tous les enseignants en ont un) car il enseigne souvent sur 3 ou 4 établissements différents.

 

Comment devient-on ALT ?

 

Il existe 3 voies pour le recrutement : par le programme JET, par des entreprises de sous-traitance (dispatch) et par recrutement direct.

 

Le programme JET : l’option à privilégier pour mettre un pied au Japon. Les participants reçoivent du soutien, la paie est bonne et vous n’avez pas à vous débrouiller seul dans un pays inconnu une fois sur place. Le hic, c’est que le nombre d’aspirants JET est faramineux et qu’il y a énormément de compétition pour chaque place. Vous devrez passer tout un ensemble d’entretiens, fournir une lettre de motivation et des lettres de recommandation pour être sélectionné. Le processus de recrutement est donc long et fastidieux, et les chances de partir sont minimes.

Les entreprises de sous-traitance : là, c’est simple, vous postulez individuellement aux annonces des différentes compagnies comme Interac, Berlitz, etc. Le problème est qu’elles stipulent souvent deux conditions difficiles à remplir pour postuler à leurs annonces : être un “native speaker” et être déjà sur place au Japon, tout simplement parce qu’elles ne veulent pas se fatiguer à faire les papiers pour la demande du visa de leur futur employé. Pire, pour ne pas payer votre couverture sociale, elles vous feront travailler jusqu’à la limite du quota d’heures (29,5 h par semaine), et basta. Officiellement, il va sans dire. En fait, elles trouveront souvent un moyen de vous faire travailler plus en douce: vous faire faire le ménage des locaux, ne pas compter votre temps de préparation etc.

Le recrutement direct : ça, c’est le Saint Graal. Pas d’intermédiaire pour se servir royalement une commission sur votre dos et les donneurs d’ordre sont le directeur et les enseignants avec lesquels vous travaillez. Vous négociez vos conditions de travail et salaire directement avec l’école. Le problème, c’est qu’il faut connaître la bonne personne qui connaît l’école qui a besoin d’un ALT. Un job d’ALT en recrutement direct est extrêmement difficile à obtenir (voire quasi-impossible) depuis l’étranger.

Un autre point important qui rend la chose quasiment impossible pour un non anglophone de naissance : lorsque vous travaillez dans une école publique ou privée, vous devez avoir le visa “instructor” (dans les écoles de conversation anglaise, il s’agit du “Specialist in Humanities”. Or, dans le cas d’un travail en hijoukin (CDD, je simplifie, hein), il est nécessaire d’avoir fait 12 ans d’études dans la langue d’enseignement pour l’obtenir (ce n’est pas le cas pour le visa “Specialist in Humanities”). Le seul moyen pour l’avoir est d’être recruté en tant que joukin (CDI, pour simplifier) car la condition des 12 années d’études dans la langue saute (pas très logique, mais bon, c’est pas moi qui fais les règles). La quasi totalité des boulots d’ALT étant des boulots de hijoukin, vous voyez le problème. J’ai aussi un boulot de hijoukin, mais comme j’ai un statut étudiant, ça ne pose pas de problème, car je peux travailler jusqu’à 28 h par semaine (après avoir obtenu l’autorisation des services de l’immigration).

Tous les recrutements se font à bac+3 pour un Français, peu importe la spécialisation de la licence que vous possédez : il s’agit juste de satisfaire les critères de l’immigration.

 

Je deviendrai riche si je fais ce job ?

 

Ah ça… Il y a 20 ans, vous auriez sans aucun doute eu une bonne place de planqué avec un salaire de ministre. Mais il y a maintenant une compétition féroce : beaucoup d’otakus veulent vivre au Japon, certains viennent pour les filles et d’autres (Américains surtout) continuent de venir car ils ont l’illusion qu’ils pourront rembourser leur prêt étudiant en 3 petites années…

Le JET reste la meilleure option avec 30 man (2700-2800 euros) par mois. Mais il n’y a quasiment aucune place pour les Français.

Les entreprises de placement ont la réputation d’exploiter leurs employés et tirent en plus les prix vers le bas. Récemment, les salaires sont descendus jusqu’à 22 man par mois avant taxes, et certains n’hésitent plus à proposer 20/18 man (1500/1700 euros) dans les annonces. Sans possibilité d’augmentation ultérieure.

Il n’existe pas de possibilité de promotion pour ce métier et le salaire qui permet de vivre correctement lorsqu’on est un jeune célibataire n’est pas le même que le salaire dont on a besoin lorsqu’on a une famille à charge. Penser faire carrière en tant qu’ALT est totalement utopique.

 

Et au quotidien, c’est comment ?

 

Les maîtres-mots du job sont adaptabilitéréactivitéanticipation

 

N’allez pas croire que c’est l’ALT qui décide de son niveau d’implication. Il s’agit entièrement du bon vouloir de l’école. Mais, comme on dit si bien : “Pourquoi faire simple quand on peut faire compliqué ?”, le titulaire Japonais ne peut pas directement donner d’ordre à son ALT dans le cas d’un ALT employé par une société de placement. L’enseignant japonais doit donner les consignes de travail à l’entreprise de sous-traitance qui se charge de transmettre à l’ALT. Ce genre d’organisation pèse beaucoup sur le travail de l’ALT (et de l’enseignant japonais).

Les situations varient beaucoup, mais dans l’emsemble, il est assez rare qu’un ALT qui n’a pas pleinement la charge des cours sache à l’avance quel sera son emploi du temps ou la classe dans laquelle il sera placé. Il n’apprend souvent le contenu du cours et la page du manuel à enseigner que le matin et a 10 minutes chrono pour se préparer. Parfois, il n’est pas prévenu qu’il n’a pas cours car l’emploi du temps a changé et se déplace donc pour rien.

Certains enseignants aiment travailler avec un ALT, d’autres non. Certains enseignants savent comment enseigner avec un ALT, d’autres n’ont absolument aucune idée de comment ils vont pouvoir « utiliser » leur ALT. Et ce ne sont pas forcément les enseigants eux-mêmes qui décident si un ALT va leur être attribué ce jour pour leurs classes. Lorsqu’un ALT leur est fourni pour la journée alors qu’ils ne l’avaient pas prévu, les enseignants se demandent alors ce qu’ils vont bien pouvoir lui faire faire et parfois l’ALT peut se retrouver à faire pot de fleur dans un coin de la classe.

Comme il n’y a pas forcément de réunion avant une classe pour déterminer le rôle de l’ALT au cours de la séance, il se peut que l’ALT se voit expliquer son rôle 5 minutes avant le début du cours en question. A lui de s’adapter. Parfois, aucune concertation n’a pu avoir lieu avant le cours et l’ALT doit réagir au quart de tour lorsque l’enseignant lui adresse la parole en classe pour démontrer un quelconque point de grammaire ou faire pratiquer une expression. Lorsque l’enseignant engage la conversation avec lui en anglais devant les élèves, il a un certain but (présenter une nouvelle expression ou autre) et l’ALT doit deviner ce que l’enseignant attend de lui afin de faire une démonstration utile pour les élèves. L’ALT doit donc anticiper toutes les attentes de l’enseignant, essayer de deviner ce qu’on attend de lui à chaque instant, souvent sans qu’aucune explication ne lui ait été fournie au préalable. Bien sûr, il y a des enseignants qui prennent le temps de faire des réunions avec leur ALT mais l’ALT ne choisit pas avec quel enseignant il veut travailler…

 

Si malgré tout devenir enseignant au Japon vous intéresse toujours…

 

Vous pouvez difficilement devenir ALT et enseigner dans une école au début à cause du problème du visa, mais rien ne vous empêche de venir avec un visa étudiant dans une école de japonais d’abord et faire votre trou en faisant quelques heures dans une école de langue. Ensuite, vous cherchez un travail dans une école de langue (visa “Specialist in Humanities”) et, en même tant que vous travaillez, vous prenez des cours par correspondance pour obtenir une licence d’enseignement. Vous cherchez enfin un job de joukin dans un collège ou lycée.

Alors, c’est certain qu’il va falloir étudier après le travail (ou pendant les nombreux trous dans l’emploi du temps !) au lieu de passer son temps devant la télé, en soirée ou à faire des voyages le weekend. Et il vous faudra économiser pendant des années pour réunir la somme d’argent astronomique dont vous aurez besoin. C’est-à-dire qu’il va falloir accepter de ne pas avoir de gratification immédiate pour arriver à obtenir quelque chose ayant bien plus de valeur plus tard. Ou pas. Car on peut échouer malgré tous les efforts fournis. C’est comme ça, c’est la vie. (Ma vision des choses fait de moi un très mauvais coach, toutes mes excuses, mais je suis quelqu’un de plutôt pessimiste en fait).

 

 

12 comments

  1. Hello,

    Encore un article intéressant, merci. Cependant, tu ne précises pas si le programme JET et aussi avantageux que le recrutement direct, en particulier est-ce qu’il y a un intermédiaire (peut désirable) comme dans le cas de la société de sous-traitance.

    « Le problème, c’est qu’il faut connaître la bonne personne qui connaît l’école qui a besoin d’un ALT. » C’est bien tout le problème. À moins d’avoir un 人脈 exceptionnel ou de travailler dans un milieu proche c’est impossible de réunir une telle condition. (Le piston aurait-il toujours le dernier mot ?)

    Quand tu dis qu’il y a quelques places pour les français, tu entends des ALT pour des cours de français ou pour d’anglais ?

    En tout cas, ça a l’air d’un job qui peut soit être vraiment super ou terriblement affreux.

    Une autre question sans rapport avec la précédente, (il se peut que je l’ai déjà posée mais comme je n’ai pas de notification et que les messages n’apparaissent qu’une fois que tu les ais validés je ne sais plus si je l’ai posée et sur quel post.)
    Il semble qu’au Japon comme tu le mentionnes souvent, la maitrise du japonais est une condition toute aussi nécessaire que les autres. J’aurais donc voulu savoir quel était ton niveau (ie. rien de bien précis, juste savoir si tu n’avais pas trop de problème pour écrire des rapports (ou chose apparentées) et tenir une conversation (dans le style réunion (pas forcément formelle)) ) à tes débuts (quand tu as commencé ta licence).

    1. Salut,
      Merci pour ton commentaire. ^^
      Dans le programme JET, il n’y a pas d’intermédiaire puisque l’organisateur de ce programme sont les collectivités locales du Japon en collaboration avec différents ministères. Mais je ne suis pas sûre qu’on puisse comparer les 2 car on ne peut pas accéder au JET si on vit au Japon et on ne peut pas trouver une place en recrutement direct si on ne vit pas au Japon. La question se pose surtout entre les entreprises de dispatch et JET. Là, le JET est carrément la priorité. Si on échoue au JET, on essaie par les entreprises de dispatch.

      Le piston a malheureusement souvent le dernier mot…

      Pour les quelques places de français, oui, c’est pour enseigner le français (niveau lycée).

      Quand j’ai commencé ma licence au Japon, j’avais entre le niveau N2 et N1 (pile-poil entre les 2, je dirais). Je n’avais pas trop de problèmes à exprimer mes idées à l’oral mais comme je n’avais jamais écrit de rapport en japonais, j’ai galéré de ce côté-là. Ca va mieux, mais y’a encore du boulot. C’est un travail de longue haleine de toute façon. Il ne faut pas avoir peur de ne pas avoir parfaitement le niveau avant de se lancer (on progresse au fur et à mesure des années). Tu voudrais obtenir une licence d’enseignement au Japon ?

  2. Bonjour,

    Merci pour tes précisions supplémentaires sur le JET. (Je vois ce que tu veux dire quand tu dis que les places pour les français quasiment inexistantes ( http://jetprogramme.org/wp-content/themes/biz-vektor/pdf/countries/2015_jet_stats_e.pdf ))

    Pour le niveau, j’ai presque le N1, c’est comparable à ce que tu avais, donc ça devrait être envisageable.

    Pour l’instant je suis en M1 d’info et l’année prochaine je vais faire surement compléter une troisième année de licence de math pour enchainer sur l’agrégation (qui ne sert bien entendu à rien pour mes projets pour le Japon puisque ce diplômé n’est reconnu qu’en France). Personnellement, faire une licence d’enseignement en math au Japon me tenterait bien (je regarde sur mon temps libre les sites des univs) mais ce n’est jamais bien simple de changer de parcours.

    Une question importante, est-ce qu’il y a un certain esprit de camaraderie dans les promotions de licence d’enseignement ou c’est vraiment chacun pour soi dans son coin, tout du moins comment ça se passe dans ta promo. C’est un point que je pense important car je suis en ce moment en échange dans une “univ” au fin fond de la campagne et les relations sont assez glaciales à mon plus grand déplaisir.

    Enfin, pourquoi faire une licence d’enseignement (en formation accéléré histoire de ne pas perdre trop de temps et d’argent) m’intéresserait. (N’hésite pas à casser du mythe si tu penses que je me fais des idées). Travailler dans l’enseignement c’est un moyen de s’intégrer dans la société japonaise, dans le sens où les japonais sont obligés d’arrêter de te voir comme un gaijin complet à qui il faut forcément parler en anglais ; il y a un côté relationnel important (réunions, gestion de club, transfert de savoir) ; si on enseigne ce qu’on aime et qu’on est prêt à faire quelques sacrifices je pense que c’est possible de s’éclater. Enfin, du moment que dans mon boulot je peux utiliser le japonais et faire des maths (impossible en France où alors une niche que je connais pas) je pense que ça me conviendrait.

    Bonne journée

    1. Je suis quelqu’un qui garde ses distances, donc la promo pas fun, ça me plaît plutôt bien. XD Ce qui est sûr, c’est que les Japonais ne vont pas venir vers toi, c’est à toi d’aller vers eux pour engager la conversation. Chacun vaque à ses occupations, donc c plutôt chacun dans son coin (dans ma fac en tout cas). Pas mal d’étudiants étrangers se plaignent de cet isolement. Moi, je vais vers les gens (une fois que je les ai choppés, je ne les lâche plus ! XD), j’organise des trucs (bowling, tournoi de badminton etc.), j’invite les gens, du coup au bout d’un moment ils pensent à moi quand eux organisent qqchose. Ca peut être déstabilisant de devoir faire toujours le premier pas au début, mais moi ça me convient.

      “dans le sens où les japonais sont obligés d’arrêter de te voir comme un gaijin complet à qui il faut forcément parler en anglais”

      Pas forcément paske c pas écrit sur ta tête donc quand tu rencontres une personne, tu seras tjrs le gaijin complet. Mais généralement, c plutôt vrai sur ton lieu de travail (sinon ils ne t’auraient pas recruté) et quand tu vas parler de ta situation avec des gens qui alors prennent conscience de tout ton parcours. Sinon, je pense que tu as lu mon article sur les rôles de l’enseignant, mais au Japon, c’est plus de l’éducation que de l’enseignement, donc si t’es prêt (prête ?) à faire ça, pas de souci.

      Ensuite, on demande maintenant aux enseignants de ne plus enseigner en frontal, mais avec des activités style constructivisme (l’élève construit ses savoirs toussa) donc il faudra s’adapter. Après, si tu travailles dans un lycée d’élite alors là oui, ce sera sûrement du frontal car il faudra préparer les élèves aux examens d’entrée en fac.

      Un conseil : si tu peux enseigner les maths en anglais, ça sera un ENORME plus pour ton recrutement. Ils cherchent à enseigner les sciences en anglais maintenant. Moi, on m’a demandé d’enseigner la biologie ultérieurement en anglais (j’ai étudié la bio aussi).

      1. > (une fois que je les ai choppés, je ne les lâche plus ! XD)

        C’est en effet une technique que j’ai rarement vu échouer. Il faut juste que j’arrête de complexer quand je parle à un inconnu et ça devrai résoudre beaucoup de problèmes.

        > Pas forcément paske c pas écrit sur ta tête donc quand tu rencontres une personne, tu seras tjrs
        > le gaijin complet.

        Cela va sans dire. Mais pour peu que l’on te laisse t’expliquer vite fait, il y a peut être moyen de faire fondre les barrières culturels un iota plus vite. Enfin, …

        > Ensuite, on demande maintenant aux enseignants de ne plus enseigner en frontal, mais avec
        > des activités style constructivisme (l’élève construit ses savoirs toussa) donc il faudra s’adapter.
        > Après, si tu travailles dans un lycée d’élite alors là oui, ce sera sûrement du frontal car il faudra
        > préparer les élèves aux examens d’entrée en fac.

        Ça me laisse un peu sans voix. Les japonais dans les lycées préparent plus ou moins tous la fac pourquoi le frontal serait réservé aux grands lycées ? Ensuite, je suis un peu sceptique sur le constructivisme (ça à l’air plus long à mettre en place et peu efficace, en science le mieux c’est un (bon) cours (avec des preuves), des exos pour travailler l’intuition et le raisonnement et un prof qui répond aux questions des élèves avec attention). De plus pour avoir déjà fait des bouts d’épreuves de センター試験 (maths et physique) il ne s’agit que de QCMs avec aucune rédaction donc il faut juste savoir bourrinner les exos classiques.

        Ensuite, enseigner les maths en anglais, je pense pas avoir de problème de ce coté là. Mais ce qui me surprend le plus c’est qu’il y ait de la demande pour de tel cours. Dans la fac où je suis (en section info : l’anglais est donc la lingua franca) , il y a en gros 50% d’internationaux et 50% de Japonais. Les cours sont dispensés en anglais et japonais : les internationaux prennent les cours en anglais, et les Japonais en japonais. Il y a quelques exceptions une faible minorité de Japonais prennent des cours en anglais et quelques Chinois prennent des cours en japonais. J’avais même proposé à quelques Japonais de les coacher en anglais mais en gros ils m’ont fait comprendre qu’ils n’avaient pas de temps à perdre o.

        En tout cas, merci pour tes réponses et ton blog en général car cela permet de lever certains mythes sur le système éducatif japonais.

        Paul (maintenant tu devrais savoir comment accorder les participes passés quand je suis sujet 🙂 )

      2. Paul, ^^

        “Cela va sans dire. Mais pour peu que l’on te laisse t’expliquer vite fait, il y a peut être moyen de faire fondre les barrières culturels un iota plus vite. Enfin, …”

        C’est tout à fait vrai. Mais certains ont des idées préconçues difficiles à faire voler en éclat, c tout ce que je voulais dire.

        “Ça me laisse un peu sans voix. Les japonais dans les lycées préparent plus ou moins tous la fac pourquoi le frontal serait réservé aux grands lycées ?”

        Il y a un fossé entre ce qu’on apprend pr obtenir la licence (tout constructivisme) et ce qui est demandé une fois sur place. En théorie, le constructivisme est demandé, mais l’exigence des examens fait qu’en pratique c impossible dc les profs se tournent vers le frontal. Dc effectivement, une fois en poste, ça va finir par être plus du frontal mais l’enseignant qui fait du frontal ne va pas être considéré comme un “bon enseignant” mais un enseignant qui emploie des méthodes obsolètes. Pour donner un exemple : en anglais, les profs en place enseignent généralement en GTM (frontal + grammaire + traduire les phrases une à une) qui est considérée comme obsolète et inefficace (pour former des gens sachant parler anglais). Ms pr enseigner ce qu’il faut pr les exams, c la plus rapide (comme tu l’as écrit, le constructivisme ça prend du temps) et ils n’ont qu’à suivre le manuel dc ça limite le temps de prep (vu qu’ils ont aussi les clubs à gérer).

        Durant la formation, on nous enseigne la CLT (communicative language teaching) qui se concentre sur le dev des 4 skills (reading, speaking, writing, listening) avec des activités constructivistes. Durant le stage il FAUT utiliser la CLT. En théorie, une fois en poste, il FAUT utiliser la CLT pr former des gens sachant parler. MAIS les gamins et leurs parents veulent entrer en fac et les exams de fac st du bourrage de crâne dc le prof finit par enseigner en GTM, pas en CLT. Il y a une situation paradoxale. Les lycées d’élite ne changent pas de point de vue, mais les autres qui préparent à la vie active commencent à changer. Les lycées publics aussi, car il y a plrs directives du MEXT pr former des Japonais qui sachent parler anglais. Mais c un peu la quadrature du cercle.

        “Mais ce qui me surprend le plus c’est qu’il y ait de la demande pour de tel cours.”

        Au contraire ! Il y a ce qu’on appelle les SSH (Super Science High Schools) où on tend à faire de plus en plus de cours de science en anglais. Google le terme. Les profs d’anglais n’ont pas de background en science, et bien sûr les profs de science st pas vraiment doués en anglais (au Japon) dc ils galèrent pour progresser dans cette voie. Les lycées privés se sentent un peu menacés par ces lycées publics dc ils essaient de faire la même chose mais recruter le bon personnel est une chose très difficile car les profs formés pr enseigner les sciences en anglais n’existent tout simplement pas.

      3. Je suis quelque peu rassuré par ce que tu dis sur l’enseignement. J’ai googlé SSH est le programme envisagé m’a laissé un peu quoi. C’est un programme bien intense qui n’a rien à voir avec tout ce que j’ai pu voir avant. (Ok, certains lycées parisiens s’arrange pour entamer sérieusement la première année de prépa pendant la terminale mais là c’est autre chose : en particulier collaboration avec la fac et des labos de recherches). Ça a l’air cool mais les élèves ont intérêt d’être motivés.

        Enfin, bon, c’est toujours intéressant de regarder de ce côté car quoi qu’on en dise au niveau de l’anglais la France est encore devant le Japon (ensuite, il y a de bonnes raisons: la France et l’Angleterre sont limitrophes, la grammaire se ressemble et une flopée de mot en communs) et donc ça peut être un moyen de se démarquer de la plupart des candidats japonais.

      4. “Enfin, bon, c’est toujours intéressant de regarder de ce côté car quoi qu’on en dise au niveau de l’anglais la France est encore devant le Japon (ensuite, il y a de bonnes raisons: la France et l’Angleterre sont limitrophes, la grammaire se ressemble et une flopée de mot en communs)”

        Je suis d’accord : c comme si on demandait à tous les élèves français d’apprendre le japonais dès la 6ème. Structures complètement différentes, keigo, KANJI !! Pr l’anglais (pr les Japonais), il y a des tas de notions de grammaire qui n’existent pas en japonais etc. C’est dur pour eux, quoiqu’on en dise. Mais c stt le système qui fait que c dur de former des gens sachant parler.

        Bon courage pour ton projet ! ^o^

  3. Et oui, apprendre une langue étrangère ouvre de nouveaux horizons, horizons qui ne sont pas toujours facile à cerner. En espérant que le système d’enseignement de l’anglais change un peu en mieux. La grammaire c’est très bien et il en faut mais il ne faut pas que ça. En France maintenant il y a une épreuve orale de langue vivante en LV1, LV2 (et LV3) obligatoire pour tous ! Je suis bien content d’y avoir échappé mais en y repensant bien c’est plus pour nous rendre service qu’autre chose.

    Mon projet est encore un peu loin, je prospecte mais j’ai encore environ deux ans à faire en France. Même si l’argeg ne me servira pas au Japon elle pourra me permettre de me concentrer entièrement sur la licence d’enseignement sans avoir besoin d’apprendre des maths à coté. En tout cas merci pour tes encouragements. Et bonne chance à toi pour la suite.

  4. Salut ! Je viens tout juste de découvrir ton blog, j’ai lu un bon nombre de tes articles même si certains ont dû passer à la trappe. Il se peut que les réponses à mes questions soient dans ces postes, je m’excuse d’avance… Donc, je suis lycéenne et je suis passionnée par le Japon. Mon rêve serait d’étudier dans ce pays et d’y enseigner le français dans une université. Voilà, l’idée de départ. Mais bon faut pas déconner, la vie n’est pas toujours une usine à exaucer les rêves, et j’ai bien conscience que je vais galérer (et puis bien galérer !) Mais bon, la motivation, c’est pas ce qui me manque.Bref, du coup je te raconte ma vie mais je pense que tu peux véritablement me conseiller. Tout d’abord, y a t’il une université japonaise qui propose un diplôme pour enseigner le français ? Je me suis déjà renseignée mais au final je ne sais pas si ces universitées de langues vont me permettre d’obtenir un diplôme. Et, est ce que il y a plus de postes pour les enseignants de français à la fac ? Faut avouer que enseigner l’anglais ne me tuerait pas même si je préférerais exercer le français. Et est ce que les salaires des profs de fac sont suffisants pour vivre ?
    Voilà pour ce merveilleux pavé, je m’excuse de t’avoir bonbardé de questions… Ce projet me tient véritablement à coeur et il m’anime depuis pas mal d’années, de plus je vais pas partir dans quelques temps au Japon pendant un an (si tout ce passe bien) donc Je vais acquérir un meilleur niveau en japonais. Mais si enseigner s’avère impossible, je me tournerai probablement vers la traduction ! Voilà pour mon commentaire, bonne continuation?

    1. Merci pour ton com ^^

      “Tout d’abord, y a t’il une université japonaise qui propose un diplôme pour enseigner le français ? Je me suis déjà renseignée mais au final je ne sais pas si ces universitées de langues vont me permettre d’obtenir un diplôme. ”

      Les sections françaises proposent des licences d’enseignement comme diplôme, mais c pour enseigner le français en lycée. Pour enseigner le français en fac japonaise (pour un poste à temps plein), il faut un doctorat et des publications de recherche. Et bien sûr savoir parler japonais car il y a de l’administratif à faire. Le doctorat, il vaut mieux l’avoir obtenu en France, dans une spécialité qu’on veut enseigner au Japon.

      “Et, est ce que il y a plus de postes pour les enseignants de français à la fac ? Faut avouer que enseigner l’anglais ne me tuerait pas même si je préférerais exercer le français.”

      Plus de postes par rapport à quoi ? Au lycée ? Oui, mais ces postes sont rares quand même. Ce n’est pas impossible de trouver quelques heures à la fac (souvent 6 heures pour commencer), mais c bcp plus difficile de trouver un poste à temps plein. Or, c justement ce poste à temps plein qui va donner le visa.

      “Et est ce que les salaires des profs de fac sont suffisants pour vivre ?”

      Oui, mais comme en France, il y a plusieurs grades et malheureusement ils ont tendance à bloquer les promotions pour ne pas payer plus les profs. Et ça, même pour la section anglaise. Bcp de jeunes profs (qui ont plus de 40 ans maintenant) sont tjrs bloqués en “Assistant Professeur”, depuis au moins 10-15 ans alors qu’avant ils ne devaient attendre que 5 ans avant d’être promus au stade suivant.

      Voilà, c pas très réjouissant, mais c pas impossible de réussir non plus. Faut juste savoir dans quoi on s’embarque avant.

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