L’alpha et l’oméga de l’enseignement au Japon : le « plan de leçon »

lessonplan

Le titre semble un peu exagéré, mais c’est presque ça. Un « plan de leçon » (ou de « séance »), qu’est-ce que c’est ? C’est tout simplement le déroulement des différentes phases du cours que l’on prévoit à l’avance de faire. Concrètement, il s’agit d’écrire les différentes activités et/ou actions que l’on va faire lors d’un cours. Le but ultime est de faire rentrer quelque chose dans la tête des élèves (si possible).

Au Japon, le plan de leçon est considéré comme un vrai art (mais seulement par le milieu éducatif, XD). Il est considéré être la base de la base pour un enseignant Japonais et tout enseignant novice s’est vu enseigner les techniques d’élaboration d’un plan de leçon au cours de sa formation.

Alors, qu’est-ce qu’on met dans un plan de leçon ?

 

+ Une description d’ensemble +

 

La leçon (séance) est replacée dans son contexte par rapport à sa place dans l’unité (séquence). L’enseignant décrit comment est structurée l’unité (nombre et répartition des heures, buts principaux de la séquence, quels savoirs et savoir-faire sont mobilisés à chaque leçon…).

L’enseignant identifie le but de la leçon en prenant conscience d’un fossé existant entre l’état actuel des connaissances et savoir-faire des élèves et l’état des connaissances et savoir-faire demandé par les instructions officielles. L’ensemble doit donc être mis en relation avec les instructions officielles fournies par le Monbushô.

 

+ Une description de la classe et des élèves +

 

La description contient le nombre d’élèves, le niveau et l’ambiance de la classe (quels genres d’élèves y a-t-il dans la classe? Leur attitude face à la matière ? Quel est leur comportement habituel en classe ? etc.). L’enseignant rajoute les savoirs et savoir-faire déjà acquis par les élèves et décrit la stratégie qu’il a décidé d’adopter pour enseigner les savoirs et savoir-faire de la leçon du jour.

 

+ Une description du matériel utilisé +

 

L’enseignant explique son choix de matériel, les points forts et faibles de ce matériel. Si le matériel est imposé (manuel par exemple), il explique comment il va l’exploiter (en palliant les faiblesses du matériel de telle ou telle façon) et met son explication en lien avec chaque objectif de la leçon.

 

+ Une description de la méthode d’évaluation +

 

L’enseignant décrit quels sont les critères de réussite d’acquisition de la leçon, comment les élèves seront évalués et sur quels points.

 

+ Une description détaillée du déroulement prévu de la séance +

 

Chaque étape de la leçon est détaillée à la minute près. L’enseignant décrit ses actions, les actions des élèves, les questions qu’il va poser et les phases de transition entre chaque activité. Il anticipe les réactions des élèves, leurs questions et leurs difficultés et il prévoie à l’avance comment y répondre.

Pour chaque action, le temps consacré ainsi que le matériel nécessaire est noté. L’enseignant rajoute en note tous les points importants auxquels il doit particulièrement faire attention en classe.

 

+ Les polycopiés de travail +

 

Les polycopiés de travail des élèves sont rajoutés en annexe. Ils doivent normalement tenir sur une page recto pour une heure de cours au collège, mais cela peut aller jusqu’à deux pages. Pour chaque polycopié, l’enseignant rajoute normalement le même avec les réponses attendues.

 

+ Une analyse rétrospective (optionnelle) +

 

Une fois le cours fini, l’enseignant fait une rétrospective du déroulement de son cours. Il décrit ce qui s’est passé comme prévu et les événements auxquels il ne s’attendait pas (« critical incidents »). Le plan de leçon est révisé en conséquence. L’enseignant analyse aussi ce qui a été efficace dans sa pratique et les points à améliorer ou à changer pour la prochaine fois.

Et… c’est tout. Et c’est déjà pas mal !

Il va sans dire que construire un plan de leçon de qualité ne s’apprend pas en une nuit. La formation que l’on reçoit à ce sujet est plutôt bien faite (du moins à Iwate), puisque très progressive. De toute façon, les enseignants considèrent qu’il faut plusieurs années de pratique et d’observation, d’échanges entre enseignants et d’études de plans de leçon pour arriver à produire un plan de leçon digne de ce nom. Cela peut sembler ridicule aux yeux d’un occidental, mais les enseignants japonais ne recherchent rien de moins que la perfection dans leurs cours et s’appliquent donc à écrire le meilleur plan de leçon possible, suivant le principe de « tout ce qui se conçoit bien s’énonce clairement ».

En période de stage, l’élève-enseignant construit le plan de leçon, l’expérimente en l’utilisant pour enseigner en classe pendant que d’autres (autres élèves-enseignants, enseignants formateurs, enseignants tuteurs etc.) l’observent en prenant des notes. Il y a ensuite une réunion où tout le monde donne son avis sur la leçon et pose des questions à l’élève-enseignant sur les choix faits au cours de sa leçon pour enseigner tel ou tel point.

Beaucoup d’établissements ouvrent leur portes aux autres enseignants de la préfecture pour présenter leurs cours chaque année, suivis de sessions d’études où les enseignants qui ont présenté leur cours s’autocritiquent et où les enseignants invités se réunissent avec eux pour discuter du déroulement du cours qu’ils ont observé, donner des idées d’amélioration de tel ou tel point ou apprécier la qualité du cours donné. Le but est que les enseignants en poste se remettent tout le temps en question par rapport à leur pratique et qu’ils puissent aussi voir des exemples de cours afin de pouvoir importer de « bonnes pratiques » au sein de leur établissement.

Un exemple de plan de leçon

 

4 comments

  1. Wow, c’est complexe tout ça ! Mais le fait que le professeur s’adapte à ses élèves est super. Il n’a pas qu’un plan de cours du genre :: ”Okais, aujourd’hui on voit ça et ça” et bam. C’est une bonne méthodologie, bien que complexe au début pour le professeur débutant.

  2. Ohyo Nemuyoake !
    Encore une fois article éclairant !
    En fait si on compare avec la France c’est ce qui est demandé en théorie aussi mais l’écosystème pour autoriser ce type d’exigence professionnel n’existe pas, il s’agit d’un vœu pieux et surtout l’échange entre enseignants reste l’exception plutôt que la règle, une sorte d’idéal ignatteignable. Mais cela est dû à une inadéquation moyens/objectifs jamais résolu à ce jour et ce depuis assez longtemps (plus de 40 ans au moins).
    L’approche n’est pas si complexe c’est juste une organisation sur la gestion des anticipations des enseignements à fournir avec pour objectif de respecter un calendrier du programme pour chaque niveau.
    Ce qui va être difficile c’est la part humaine de l’apprenant qui ne sera pas forcément réceptive mais c’est ce qui fait la saveur du métier d’enseignant car c’est là que la pédagogie va prendre tout son sens, autrement dit la créativité pour rendre accessible quelque chose qui de rime abord avait l’apparence de l’inaccessible.
    Le métier en lui-même est passionnant et très épanouissant, le défi à relever j’ai l’impression est de ne tomber dans le piège d’en faire une routine et d’en dénaturer la part multi-sociale (au carrefur de plusieurs types de personnes : élève, enseignant, professionnel, artistes etc) ainsi que le véritable travail d’équipe qu’il suppose. Or dans beaucoup de pays, c’est l’évaluation qui est sur-accentuée au détriment du plan de cours et qui génère confusion et complications inutles surtout pour l’apprenant.
    Article passionnant comme toujours merci !
    cheers

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