Devenir enseignant au Japon : 5 arguments contre

chalkJ’ai déjà fait une liste de 5 points positifs concernant le fait d’enseigner au Japon, voici maintenant une liste de 5 points négatifs.

 

1/ Des vacances quasi-inexistantes

 

20 jours de congés payés dans l’année. Que les enseignants ne prennent généralement pas. Ça, c’est rude.

Les conditions de travail sont généralement meilleures qu’en France (pas de parent qui vous tombe dessus à la sortie, pas d’élève qui paye un intermédiaire pour vous mettre la dérouillée etc.), ce qui allège quelque peu la pénibilité du travail. Mais il faut se poser la question de savoir si l’on est suffisamment endurant (aussi bien au niveau physique que mental) pour supporter de n’avoir que très peu de vacances. Certaines personnes le peuvent, d’autres non. Et je pense qu’il faut s’y essayer avant de donner une réponse. Qui sait, on pourra peut-être être amené à se surprendre soi-même ?

Ou pas.

Quoi qu’il en soit, si vous souhaitez vivre au Japon, c’est une question qui a toute son importance car les vacances sont quasi-inexistantes, quel que soit l’emploi que vous devrez exercer.

 

2/ De longues journées/semaines

 

A mettre en lien avec le point précédent. Les journées sont longues et, même si vous n’avez que 15 heures d’enseignement dans la semaine, on attendra de vous que vous restiez sur place le reste du temps. Après les cours, il vous faudra assurer en plus la gestion des clubs scolaires sportifs ou culturels, jusqu’à 6 h le soir, parfois au-delà, suivant le club dont vous aurez la charge. Il vous faudra aussi revenir souvent le samedi, que ce soit pour assurer des cours de rattrapage, de préparation aux examens d’entrée, ou bien pour les activités de clubs. Certains clubs ont des activités le matin avant les cours et jusqu’à 9 ou 10 h le soir. Et le dimanche aussi. Et pendant les vacances. Et si vous vous posez la question : ce sont des heures supplémentaires non payées.

Un petit conseil sur les clubs : si on vous donne le choix, ne choisissez JAMAIS le club de baseball. Et évitez tous les autres clubs sportifs et/ou avec beaucoup de membres et/ou qui ont réussi à gagner toute une ribambelle de trophées. Ce sont généralement les clubs les plus assidus, ceux qui s’entraînent le plus (et qui gagnent donc leurs tournois), et ce sont donc les clubs qui vous boufferont littéralement. Préférez les clubs littéraires avec peu de membres, ceux récemment créés, car ce sont ceux qui se contentent généralement des activités entre 4 h et 6 h le soir après les cours. Et bien souvent votre présence ne sera pas nécessaire dans ces cas. Ce qui ne veut pas dire que vous pourrez rentrer chez vous, évidemment.

Le problème est que souvent on ne vous donnera pas le choix les premières années (même si vous ne connaissez rien au sport exercé par les membres du club, l’enseignement des première année étant assuré par les troisième année), les enseignants plus âgés ayant la préséance.

Ah, et un dernier point : le Monbushou parle de remettre la semaine de cours à 6 jours…

Là aussi, il est important de comprendre que travailler au Japon vous demandera souvent de faire des heures supplémentaires non payées (appelées « saabisu zangyou »), quel que soit le travail exercé.

 

3/ Changement de poste prévu tous les 5 à 7 ans

 

Eh oui, les enseignants japonais doivent changer d’école tous les 5 à 7 ans ! Personnellement, je trouve cette condition incompatible avec la création de projets sur le long terme pour une école (j’en reparlerai), mais les autorités estiment que cette condition est nécessaire à la répartition des compétences au sein d’une préfecture. En effet, grâce à ce système, les écoles les moins cotées (les plus difficiles) ne se retrouvent pas systématiquement avec des enseignants inexpérimentés, et ces derniers peuvent apprendre beaucoup de leurs aînés puisque les équipes sont aussi bien composées de personnel expérimenté que de jeunes enseignants novices.

 

4/ Licence d’enseignement à renouveler

 

C’est une réforme assez récente (elle date de 2009). Avant cette date, la licence d’enseignement était acquise à vie. Mais cette réforme a été introduite dans le but de se débarrasser des enseignants « incompétents ». Qu’est-ce être qu’ « incompétent », là est la question.  Des enseignants qui manquent de connaissances pour enseigner leur matière ? Des enseignants qui ne savent pas gérer leurs classes ? Des enseignants qui refusent de faire des heures supplémentaires non payées ? On peut se poser la question. Et cette question est justement laissée à l’appréciation des Conseils d’Education.

Vous l’aurez peut-être deviné, la réforme a aussi pour but de se débarrasser des éléments « perturbateurs » (ceux qui ne chantent pas l’hymne national par exemple) en ne leur permettant pas de renouveler leur licence d’enseignement, par conséquence leur faire perdre leur capacité d’enseigner.

Pour renouveler leur licence, les enseignants doivent suivre des séminaires, participer à des workshops ou fréquenter des conférences proposées par les Conseils d’Education et les facs qui leur sont affiliées. En plus des formations obligatoires qui ont lieu tous les 3 et 5 ans, il y a donc ces formations à suivre au bout de 10 ans. Si tout va bien, la licence d’enseignement est renouvelée pour une nouvelle décennie. Si le Conseil d’Education vous a pris en grippe, vous pouvez déjà songer à votre reconversion.

 

5/ Pas de droit de grève

 

A la différence de la France, les enseignants japonais n’ont pas le droit de se mettre en grève, pas plus qu’ils ne disposent d’un droit de retrait ou autre moyen de manifester leur opposition aux décisions prises par le gouvernement japonais. Ils sont des fonctionnaires et sont donc considérés comme devant obéir sans discuter et rendre un service public en continu, tout comme les militaires sont obligés de le faire. C’est un point qui peut avoir son importance pour un Français habitué à exprimer son opposition de cette manière.

 

Qu’en pensez-vous ? Personnellement, je trouve qu’il faut vraiment être motivé pour vouloir enseigner au Japon. Et c’est un euphémisme.

8 comments

  1. Bonjour,

    Intéressant blog.

    Bien que la France étant un cas à part, je trouve que vous grossissez quelque peu le trait concernant les conditions d’enseignement en France voire sur le personnel.
    Par ailleurs, ayant enseigner au sein de Lycées Francais ou internationaux au Japon ou maintenant en Californie, je pense pouvoir dire que vos conditions horaires ne sont pas si mauvaises 😉 Par contre, il est fort probable que vous sous-estimiez l’ampleur des taches annexes (administratives et autres -réponses aux emais,etc..). Je me demande d’ailleurs si le Japon n’a pas repris à son compte le système US car j’y retrouve bien des ressemblances.

    Le système de rotation des enseignants n’est-il pas uniquement obligatoire pour les fonctionnaires? Auquel cas, vous n’y serez pas astreinte (?) vu que non japonaise.

    Dernière remarque, on peut bosser au Japon dans le privé et prendre des vacances. Le mythe a la dent dure…

    Bon courage, le chemin semble long et délicat mais en vaut la chandelle 🙂

    Seb

    1. Bonjour,

      Merci pour votre message.

      Les tâches administratives sont en effet très importantes. Il est nécessaire de faire des rapports extrêmement chronophages.

      Le système japonais s’est en effet inspiré du système US après la seconde guerre mondiale.

      En étant enseignant dans un établissement public, on est fonctionnaire préfectoral donc astreint aux mutations. Un étranger peut être fonctionnaire préfectoral car cela n’est pas interdit par la Constitution Japonaise (c’est interdit pour les fonctions régaliennes).

      Merci pour les encouragements. ^o^

  2. Je continue avec les questions, je les pose exprès quand elles me viennent à l’esprit, mais je n’attends évidemment pas une réponse dans la journée ^^.
    Mais encore une fois, c’est un article intéressant qui amène véritablement à se poser des questions sur sa motivation à enseigner.

    1/ Pour les vacances non existantes, je connais ça vu que j’ai moi-même 12 jours par an, mais on a malgré tout un bon paquet de jours fériés. Est-ce que c’est le cas également des enseignants? Car ça joue pas mal au final.

    2/ Tu parles de longues heures de travail malgré seulement 15h d’enseignement direct. Est-ce que c’est du présentéisme (tu reste dans la salle des profs mais tu peux travailler calmement), ou est-ce que tu dois vraiment rusher pour gérer la préparation des cours et tout ce qui est administratif? D’ailleurs, est-ce que c’est généralement tous les cours d’un coup, puis longue période en salle des profs, ou bien est-ce que les cours sont pris en sandwich?

    3/ Changement de poste : complètement d’accord sur le fait que cette règle est stupide. Je n’étais pas au courant, et c’est assez hallucinant. On se demande comment ils ont pu la faire passer…
    Par contre, on est d’accord que la mutation se fait dans la même préfecture, hein?

    1. Je viens de rentrer du travail donc j’ai le temps. ^^

      1/ On a 20 jours en tout en plus des jours fériés. Mais souvent les enseignants ne les prennent pas. Et on fait des roulement de garde pour qu’il y ait tjrs qqun sur place même pdt les vacances. Ca dépend des écoles aussi. Dans certaines écoles tu ne peux pas vraiment les prendre, dans d’autres tu peux tout prendre.
      2/Tu restes dans la salle des profs pr préparer des cours mais tu es dispo pour faire plein d’autres choses si tu as un club, bcp de travail administratif etc. Par exemple, je remplace souvent les profs principaux pr le homeroom quand ils ne sont pas là. Je fais partie de la section administrative qui gère le PTA (assoc parents-teachers) donc quand il y a une réunion il faut rester. Mais j’ai peu de travail administratif cette année, ça va augmenter au fur et à mesure. Je dois de temps en temps aller à des compet le weekend avec le club d’athlétisme. Ils ont été cools avec moi pour une première année. Mon collègue japonais a bien plus de boulot alors qu’il est entré en même temps que moi cette année. Je ne rushe pas dans le sens où je ne bosse pas jusqu’à tard le soir et je pars souvent à 5h30 (on peut partir à partir de 4h30). Auj, j’avais bcp de retard ds mes corrections donc je suis partie à 7h. Je travaille aussi le weekend, mais pas 12h par jour. Disons 6h-8h dans le weekend. Après, je fais le reste entre les cours qui sont en sandwich. Je n’ai que 2h de cours d’affilés max (j’ai 3h par jour).
      3/Dans la même préfecture oui. Ils considèrent qu’il faut que les senpai enseignent aux plus jeunes et il faut équilibrer les équipes surtout dans les zones difficiles. Concernant le public, j’aimerais préciser qu’on ne peut être que joukin (employé régulier) et pas kyouyu (titulaire) à cause de la nationalité. Si tu veux devenir kyouyu il faut prendre la nationalité ou travailler dans le privé.

  3. Tiens, je n’avais pas réalisé que j’avais eu une réponse à ce commentaire également ^^.
    Donc merci pour les réponses !

    1. Pour les congés, c’est comme dans les entreprises japonaises donc. Ca dépend des endroits, et ça dépend des gens (chez moi certains prennent tout, d’autres en prennent même pas la moitié).

    2. La part du travail administratif m’intrigue. Apparemment ils ont été cool avec toi et tu as donc moins de boulot administratif, mais tu dirais que ça représente quelle part du boulot d’un professeur? Est-ce que tu as prévu de rédiger un article sur la question du travail administratif? Car personnellement c’est clairement ce qui me fait le plus peur, notamment parce que je déteste tout ce qui est administratif dans mon boulot actuel (faut dire que ça représente 50% voire plus de mon boulot certaines journées, donc…). Préparer les cours, les contacts avec les clients/parents, les homeroom, le support des élèves, tout ça je trouve ça potentiellement intéressant, mais j’ai une concentration limitée dans le temps pour tout ce qui est 事務的, donc si je dois en faire 5h par jour, ça va être problématique :/
    Partir à 5h30 c’est plutôt cool, même si au Japon on quitte toujours plus tôt les premiers mois quand on débute. J’ai un ami qui est prof aussi, et qui m’a dit que de son côté, c’était plutôt 20h en moyenne. Je suppose que ça dépend pas mal des écoles.

    3. C’est quoi la différence au juste entre kyôyu et jôkin? Genre possibilité d’être prof responsable d’une classe? Ou alors c’est juste une question de stabilité du contrat et de salaire?

    1. 2. Ca représente au moins la moitié à vue de nez. J’ai pas prévu de rédiger un article sur le travail adm pr le moment car comme on ne me confie pas de boulot de ce genre pr le moment, je ne suis pas encore au courant de tout. Pr l’instant la paperasse adm se limite à ce qui me concerne : faire part de mes absences etc. Disons que la paperasse adm a tjrs rapport avec l’éducation. Ca peut être pr les clubs ou pour les élèves. Ca peut être aussi la trésorerie (pas de l’établissement quand même). Mais avant que tu sois obligé de faire ça, ça prendra qqs années, je pense. Tout le monde se répartie le travail adm en fonction de ses possibilités et de ses responsabilités. Tu as de plus en plus de boulot adm quand tu montes en grade dans la hiérarchie.
      Chez nous, on nous conseille de partir le plus tôt possible, pour ne pas forcer les autres à rester au boulot. Mais chacun est libre. Certains ne travaillent pas chez eux et préfèrent rester jusqu’à 20h. Moi je pars tôt et je travaille le matin chez moi car je suis du matin.

      3. Joukin, tu es en charge de tes cours sans autre prof japonais dans la salle. Kyouyu, c’est comme titulaire. Normalement, la 1ere année tu es joukin (un an de contrat temporaire si on veut) et on te fait passer kyouyu après si ça va. C’est la stabilité du contrat et du salaire. Après, peut-être que tu peux rester plrs années joukin. Normalement, non, mais par ex dans mon cas, s’ils estiment que je ne peux pas faire le boulot adm d’un kyouyu, peut-être qu’ils me diront de faire encore une autre année kyouyu. Ou pas. Je peux me faire virer aussi.

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