Les 4 principaux obstacles pour devenir enseignant au Japon

obstacleCa y est, vous avez décidé, vous voulez enseigner au Japon. Bon, je pense que vous vous en doutez, mais devenir enseignant au Japon est loin d’être facile. Obtenir un poste de titulaire au Japon revient à égaler, voire surpasser, un Japonais, de façon à être préférentiellement choisi lors du recrutement. Autant dire qu’il ne s’agit pas d’une mince affaire.

Et avant même le stade du concours, plusieurs obstacles se dresseront sur votre chemin. Les connaître à l’avance afin de prendre les mesures qui s’imposent en amont est une stratégie qui vous évitera bien des désillusions.

Voici une liste des principaux obstacles qui se mettront en travers de vous et de votre objectif :

 

+ La langue japonaise +

 

Vous allez concourir avec des personnes dont la langue maternelle est le japonais. Or, un enseignant au Japon doit être capable de gérer tout le côté administratif de son travail : lettres de recommandation pour ses étudiants, correspondance avec les parents, écriture de rapports en lien avec son activité… Vous avez cerné le problème ?

Donc, avant même de pouvoir prétendre passer ce concours, il vous faudra dédier des années d’apprentissage à la langue japonaise. Bien sûr, personne ne vous demandera de débarquer au Japon en étant bilingue, mais il vous faudra estimer le niveau de japonais requis pour franchir chaque étape nécessaire avant d’arriver enfin à votre but. Le plus difficile dans l’affaire étant d’estimer le niveau de japonais requis pour chaque étape.

Pour vous donner une petite idée, il me semble difficile de pouvoir intégrer une université japonaise pour suivre des cours tout en japonais et rendre les rapports demandés sans posséder un niveau entre le N2 et N1. Plus proche du N1 en fait. Il faut par exemple être capable de lire les Instructions Officielles du Monbushou (Education Nationale) en japonais (vous aurez à les étudier), comprendre la Constitution Japonaise (là aussi, vous aurez à l’étudier), lire couramment des recherches en japonais…

La bonne nouvelle, c’est que même si la langue japonaise n’est pas des plus faciles à apprendre, il suffit de l’apprendre. Allez, on retourne à ses kanji !

HOPOPOP !! Revenez !

Parce qu’avant, on jette un coup d’œil à la suite de l’article ! XD

 

+ La culture +

 

Je ne pense pas vous apprendre quelque chose de nouveau en vous disant que les cultures japonaises et françaises sont très différentes.

Le plus important est de ne pas foncer tête baissée pour apprendre par cœur des bouquins d’Histoire du Japon, de l’Art ou autre, au risque de perdre son temps à apprendre des pans de culture qui ne vous seront d’aucune utilité pour atteindre votre objectif. J’entends déjà les cris d’orfraie : « COMMENT ?!! Ne pas vouloir apprendre la VRAIE culture ??!! ». (Prendre un ton scandalisé) Le problème est assez simple : vous ne pouvez pas tout apprendre. Bien sûr, c’est formidable d’avoir lu toutes les pièces de Zeami, de pouvoir raconter les batailles auxquelles a participé Date Masamune et de connaître par cœur la liste des Premier Ministres japonais. Mais l’étendue des savoirs à apprendre est absolument sans fin, votre temps limité, et il va donc falloir faire des choix.

De plus, ce qu’on appelle la « culture » n’est pas simplement une liste de faits à apprendre. C’est aussi une compréhension fine de la société dans laquelle on évolue et une parfaite perception des subtilités des échanges entre les personnes qui composent cette société. Comment ne pas faire de faux-pas, comment ne pas offenser son interlocuteur, savoir quoi dire et à quelle occasion, connaître les rituels qui accompagnent les déplacements et les interactions des personnes dans un espace donné… Les clés de votre réussite ne seront pas seulement vos capacités de rétention de savoirs livresques ou vos compétences académiques, mais bien votre capacité à vous adapter à chaque nouvelle situation : observer la scène, les personnes et leurs interactions, analyser leur signification, agir en conséquence… Et c’est beaucoup plus compliqué qu’il n’y paraît. Vous le faites de façon instinctive dans votre propre milieu. Mais vous avez de longues années d’apprentissage derrière vous. Lorsque vous vous rendez en pays étranger, vous êtes de nouveau comme un enfant qui doit apprendre de nouvelles règles régissant la société dans laquelle vous évoluez. C’est sur ce point que vous devez concentrer vos efforts, quitte à négliger les savoirs livresques. Il n’est pas question de les négliger pour toujours, vous pourrez toujours les apprendre au fur et à mesure. Entendons-nous bien, il n’est pas question non plus d’ignorer ces savoirs, car ils sont intimement liés à l’essence même de la société actuelle. Mais il faut être capable de discerner quels savoirs sont indispensables à la réussite de votre projet, donc à apprendre en priorité, et quels sont les autres dont l’apprentissage peut être repoussé à une date ultérieure.

 

+ L’argent +

 

Là, c’est le sujet qui fait mal, très mal. En France, l’enseignement universitaire étant quasi-gratuit (oui, oui, vous avez bien lu, relativement parlant, of course), on a souvent tendance à oublier que c’est loin d’être le cas au Japon. Alors pour obtenir cette fameuse licence d’enseignement, combien vous faudra-t-il débourser ?

Disons-le tout de suite, il s’agit au bas mot de 5000 euros (avec 1 euro=100 yens). Par année d’étude. Après un rapide calcul, 5000 euros x 4 ans pour la licence de base = 20 000 euros. Et si l’on rajoute le Master (pour obtenir la licence spécialisée, souvent plus cher, mais gardons la même somme pour éviter d’avoir une crise cardiaque), 5000 euros x 2 années de Master = 10 000 euros.

Soit 30 000 euros pour obtenir la licence spécialisée en 6 ans. Et oui, 6 années d’études et une somme astronomique qu’il va falloir payer. Ou pas.

Car il existe un moyen de réduire la facture. Et le nombre d’études nécessaire. Ce n’est pas de la magie, car il vous faudra quand même valider tous les crédits nécessaires à l’obtention de votre licence.

Alors, comment faire ? Par exemple, à l’université d’Iwate, il m’a été possible d’intégrer le Master Didactique de l’Anglais (pour obtenir la licence spécialisée) et de le cumuler avec l’obtention des crédits de la licence de base (précisions que la licence spécialisée n’est acquise que si la personne possède une licence de base, sinon, il s’agit de l’obtention d’un simple master). Un rythme assez soutenu puisque je fais 6 années en 3 ans, mais il s’agit d’un formidable gain de temps et d’argent. Une économie de temps et d’argent de l’ordre de 50%, ce n’est pas rien !

Mais il faut savoir que ce n’est pas possible dans toutes les universités. D’où la nécessité de bien choisir son université.

Il s’agit d’une somme très importante. Il faut donc commencer à économiser le plus tôt possible. Vous l’ignorez sans doute, mais vous faites de nombreuses dépenses inutiles. Pour atteindre son but, il faut être adepte de la simplicité volontaire. Je vous assure qu’on ne meurt pas en ayant seulement 4 paires de chaussures dans son placard. Et on vit très bien sans smartphone, Ipad et consorts.

 

And last but not least

 

+ Vous-même +

Eh oui ! Votre principal obstacle sera votre charmante personne. Et il n’y a pas pire ennemi que soi-même.

La première chose à comprendre, c’est la quantité astronomique d’efforts qu’il vous faudra faire pour arriver à votre objectif. De nombreux sacrifices en perspectives : moins de temps consacré aux loisirs, moins d’argent dédié aux dépenses « plaisir »… Et la question à se poser devient alors : est-ce que je suis prêt(e) à faire tous ces sacrifices ?

« Est-ce que j’ai VRAIMENT envie de devenir enseignant(e) au Japon ? »

Mais même si vous donnez une réponse positive à ces questions, maintenir son cap au quotidien n’est pas une mince affaire. Vous aurez envie de sortir vous promener sur la Otome Road, de manger des sushis le plus souvent possible, de visiter des temples à Nara et Kyoto ou peut-être d’acheter des goodies d’anime à Akihabara… tout ce que vous ne pouvez faire qu’au Japon et qui sont peut-être les raisons qui font que vous voulez vivre au Japon, d’ailleurs. Vous voyez le piège ?

Alors là s’ensuit un intéressant dilemme : pourquoi vivre au Japon s’il faut se priver de faire les choses qu’on adore ? Pourquoi se priver pendant des années dans le seul but de pouvoir enseigner de façon permanente au Japon ?

Ma réponse est la suivante : si vous avez VRAIMENT envie d’enseigner au Japon, vous ne ressentirez aucune privation, aucune frustration de ne pas pouvoir dépenser votre argent dans de la japanime, des habits de mode ou des voyages. Pas plus que vous ne ressentirez le besoin de consacrer votre temps et votre énergie à vos passions au lieu de vous concentrer sur votre objectif, puisque enseigner et apprendre SERONT vos passions.

Et je n’ai même pas parlé de la fameuse procrastination qui vous mettra des bâtons dans les roues tous les jours de votre vie !

Ça va, pas trop déprimés ?

8 comments

  1. J’ai une petite question indiscrète !
    Tu as tout de même eu 10 000€ à débourser, mais tu les as économisés ou tu as pris une sorte de prêt étudiant en mode japonais ? (Je ne sais même pas si ça existe ^^’)

    1. Non, non, pas de prêt : j’ai vidé tout mon PEL, et mes parents m’ont aidé quand j’étais trop juste. Après, j’ai une bourse de 14 man par mois. Avec le cours actuel, ça fait quelque chose comme 1000 euros par mois ? Quelque chose comme ça. Comme je vis dans une préfecture rurale, je vis seulement avec 600 euros par mois (je crois, j’ai pas calculé) sans problème donc je peux économiser. Il faudrait que je calcule en fait… Si ça t’intéresse, je vais faire un post sur mon budget à l’occasion. ^^

  2. bonjour, tout d’abord, permet moi de te dire que tes articles me sont d’une aide formidable, car ce genre d’information est rare sur le net, et en plus il sont très bien écrits^^. J’aimerais savoir s’il est possible (oui la question est extrêmement naïve, mais étant sur le point de commencer une licence d’histoire après mon bac et en rêve d’enseigner l’histoire au Japon…) est-il possible de participer au concours de recrutements organisées par les préfectures japonaises (et espérer avoir une chance d’être prit) avec un CAPES, ou faut-il passer obligatoirement par des études sur le sol japonais ? 🙂 quoi qu’il arrive, je suis près à tout pour le Japon 🙂

    1. Merci pour ton com ! ^^

      Non, il faut absolument une licence d’enseignement japonaise, surtout que le contenu en histoire est très différent. Après, j’ai déjà eu cette conversation sur un autre des mes articles pour une personne qui voulait devenir prof de maths au Japon, mais c’est important de comprendre que s’il faut faire ce dont on a envie pour ne pas éprouver de regret, il faut aussi comprendre que c’est un marché donc il faut se poser la question de son recrutement (je mets des bémols, avant parait que je n’en mettais pas assez…). Si tu ne parles pas parfaitement japonais, pourquoi un établissement voudrait te prendre, toi ? La conversation est dans le post : choisir une université pour sa licence d’enseignement, tu peux la lire.

  3. Merci beaucoup, c’est vrai qu’à 18 ans et à la veille de mes études supérieur c’est un peu un montagne que j’ai en face de moi. Si je peux vous le demander, et si ça ne vous dérange pas j’aimerai savoir si je peux vous donner mon skype pour pouvoir vous poser quelques questions en direct et avoir votre avis ? ,:)

  4. Bonjour,

    J’apprécie vraiment ton vécu et tes conseils. Je suis titulaire d’un MASTER métier de l’enseignement, de l’éducation et de la formation. Et je souhaite vraiment enseigner au Japon pour pouvoir y vivre. Actuellement, je suis rendu au stade où je me donne 2 ans pour apprendre la langue et obtenir obtenir un niveau correct sur le JLPT. La seule chose qui m’inquiète en lisant ton vécu, c’est que j’ai l’impression que même si je possède un MASTER dans l’enseignement, j’ai peu de chance de trouver un job là-bas. Faut-il vraiment disposer un diplôme d’enseignement au japon pour être autoriser à enseigner?

    1. Disons que ça dépend : si tu veux avoir ta classe à toi et pas faire du team teaching, il faut une licence d’enseignement car les ALT ne sont pas normalement autorisés à enseigner sans la présence d’un enseignant avec licence d’enseignement. Dans les faits, il y a des ALT qui enseignent à la classe librement, ne font pas du team teaching, mais l’enseignant titulaire doit toujours être présent. Des fois le titulaire est occupé ailleurs mais ce n’est normalement pas légal. Après, ça dépend des préfectures aussi qui ont plus ou moins de tolérance.
      Concernant la langue, tu peux devenir ALT pour français mais pas anglais car problème de visa (il faut être natif pour obtenir le visa instructor en temps partiel comme le sont les ALT). Pb : quasiment aucune place pour le français donc grosse compétition.

      En fait, j’aurais besoin que tu m’expliques plus en détails ton objectif. Tu veux absolument enseigner en collège/lycée ou alors école de langue ? Tu veux absolument enseigner le français ou alors tu serais ok pour l’anglais ? Tu veux absolument faire le même job qu’un Japonais ou alors ALT serait ok ?

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