Le 11 mars 2014, les Japonais se sont souvenus…

Ville de Tarô, district de Miyako, 3 ans après. Le seul bâtiment qui a été reconstruit est la coopérative des pêcheurs, juste derrière la digue. A l’arrière-plan, au-delà de la digue, se trouvent les restes d’un bâtiment dont seul le quatrième étage a été épargné. Au premier plan se trouvent les ruines des fondations d’une maison. Avant le séisme, des dizaines de maisons et de magasins se trouvaient à cet endroit.

Le 11 mars 2011, à très exactement 14h46 au Japon, un tremblement de terre de magnitude 9 a eu lieu. Un tsunami a alors ravagé la côte est du pays, entraînant la mort ou la disparition de presque deux dizaines de milliers de personnes, et provoquant de graves dégâts sur les réacteurs de la centrale nucléaire de Fukushima.

Ce sont des milliers de morts et de disparus qui ont été pleurés lors des cérémonies de commémoration du désastre qui ont eu lieu notamment à Tarô, petite ville côtière située dans la préfecture d’Iwate au nord-est du Japon. Cette ville s’est en effet vue en grande partie détruite le 11 mars 2011.

Et ce que l’on peut dire, c’est que 3 ans après, cette ville ravagée n’a pas changé. Ou presque.

 

 

+ Ce n’était pas la première fois qu’un séisme frappait la ville +

 

La ville de Tarô est habituée aux séismes. En 1895, déjà, un tsunami a frappé cette ville. En 1933, encore, Tarô a été victime d’un tsunami dévastateur qui prit la vie de 911 personnes. Ces expériences gravées dans les mémoires et la digue de 10 mètres construite pour protéger la ville n’ont pas permis à celle-ci d’être épargnée, mais cela a permis de limiter le nombre de morts : officiellement, « seulement » 130 morts et 58 disparus sur 5000 habitants.

Les habitants de Tarô avaient cependant quelque peu perdu de vue l’idée qu’un jour un séisme pourrait de nouveau frapper leur ville, tant ils pensaient être convenablement protégés par cette gigantesque digue de 10 mètres de hauteur. Ils ont regagné une conscience accrue des dangers qui menacent leur ville avec ce nouveau séisme et souhaitent par-dessus tout ne plus refaire la même erreur.

La vidéo suivante présente l’histoire de la ville de Tarou et de sa digue censée protéger du Tsunami.

http://www.youtube.com/watch?v=xBKtw9JMba4

 

+ Commémorer pour ne pas oublier +

Digue de Tarô, 11 mars 2014. Prière pour les morts. Le son des clochettes est destiné à apaiser les âmes des défunts.

 

À Tarô, les commémorations ont duré plusieurs jours, du 8 au 12 mars, sous la forme d’expositions présentant les photos du désastre, projections télévisuelles de la NHK, célébrations mortuaires et témoignages de survivants.

Deux évènements importants pour la ville ont notamment eu lieu le jour du désastre, le 11 mars. Le premier est le témoignage de Yoshi TABATA, auteure du kamishibai « Tsunami » et survivante du tsunami de 1933. Plus d’une cinquantaine de personnes sont venues voir sa représentation. Ce chiffre peut sembler faible, mais il est deux fois plus important que celui qui était attendu par les organisateurs.

Vous pouvez voir la présentation du kamishibai par l’auteur elle-même dans la vidéo ci-après.

http://www.youtube.com/watch?v=yBlYR9CksKI

L’autre évènement important fut la chaîne humaine formée sur la digue de la ville de Tarô, celle-là même qui ne put totalement remplir son rôle de protection ce jour du 11 mars 2011. Lorsque les sirènes ont retenti à 14h46, toutes les personnes présentes ont pris la main de leur voisin dans la leur et, face à la mer, ont prié pour les âmes des personnes disparues.

Chaque évènement de cette journée s’est déroulé sous le regard d’une importante couverture médiatique, aussi bien régionale que nationale.

 

+ La reconstruction se fait attendre +

 

Vue perchée sur la digue de Tarô, le 11 mars 2014 (côté mer). Les ateliers des pêcheurs sont toujours dans des préfabriqués et le port est encore en reconstruction.

Pas une ville de la côte n’est épargnée. En effet, 3 ans après, les pêcheurs ont toujours leurs ateliers dans des préfabriqués, tout comme les habitants qui doivent se contenter de vivre dans des préfabriqués similaires, glacés en hiver et suffocants en été.

Les reconstructions de logements sont à la traîne.  À peine 5 % des logements promis ont été reconstruits. Les raisons ? Elles sont multiples. D’abord la pénurie conséquente de matériaux et de personnels qualifiés. Le Japon est un archipel dépendant des importations, et les ravages ont été localisés sur la côte, entraînant la disparition d’entreprises fabriquant et fournissant des matériaux pour la région. De plus, les jeunes ne se précipitent pas pour se lancer dans la carrière du bâtiment. Avec un pays souffrant d’un phénomène de dénatalité, les emplois perçus comme les plus ingrats et les moins rémunérés sont boudés. En conséquence, l’âge moyen du personnel du secteur du BTP est élevé (moins de 12 % ont moins de 30 ans), et le personnel fait cruellement défaut. On peut donc apercevoir sur les chantiers des ouvriers venant des quatre coins du Japon car la paye sur ces chantiers côtiers a bondi de 50 %.

Qui dit pénurie dit flambée des prix. La reconstruction est un gouffre financier. Le prix des matériaux et le salaire des ouvriers ont flambé, et ce n’est pas l’utilisation plus que douteuse des fonds (allez savoir pourquoi, une partie a par exemple été utilisée pour construire des routes à Okinawa, une île très loin du désastre au sud du Japon) ou la perspective des travaux nécessaires pour les Jeux Olympiques de Tokyo de 2020 qui vont arranger la situation.

 

+ Des établissements scolaires menacés de fermeture +

 

La situation a des conséquences visibles sur l’éducation de ces régions. Entre les familles décédées et celles qui, ayant de la famille qui pouvait les accueillir, se sont réfugiées dans une autre préfecture, les écoles voient leurs effectifs fondre comme neige au soleil. Ainsi, il n’est pas rare de voir des établissements scolaires qui se retrouvent avec seulement un quart de leurs effectifs. Les lycées côtiers les moins réputés se vident, comme en attestent les résultats des concours d’entrée 2013 : pour la prochaine rentrée en avril dans la préfecture d’Iwate, les établissements situés sur la côte verront en moyenne leurs effectifs péniblement atteindre la moitié de leur capacité…

Et des établissements qui ferment, ce sont des personnels scolaires qui quittent la ville, entraînant une baisse du dynamisme économique de la ville…

 

Vue perchée sur la digue de Tarô, le 11 mars 2014 (côté terre). Des espaces inconstructibles à la place des nombreuses maisons qui existaient auparavant. Quelques préfabriqués et, au loin, des maisons en hauteur qui ont échappé au tsunami.

+ Rester ou partir ? +

 

Le séisme et le tsunami ont entraîné la destruction d’usines, d’ateliers et de champs. Pour ces villes côtières qui vivent principalement de l’économie de la pêche et de l’agriculture, retrouver un emploi s’avère extrêmement difficile pour ceux qui ont tout perdu. Certains sont déjà partis. Ceux qui sont restés espéraient une reconstruction et une reprise économique rapide.

Ce n’est pas le cas. Alors ils s’interrogent. Doivent-ils encore attendre ou doivent-ils partir pour essayer de reconstruire leur vie ailleurs ? Avec cette situation, ils peinent à se reconstruire. Dans ces préfabriqués qui leur servent d’habitations, ils ont beaucoup de mal à se projeter dans l’avenir. Certains d’entre eux se sentent abandonnés ou trahis par le gouvernement qui a fait des promesses qu’il ne tient pas. Lors des réunions de quartiers, ils expriment leurs inquiétudes, notamment celle de voir leur ville mourir à petit feu, les jeunes s’en allant, les personnes âgées restant. Ils lâchent aussi à demi-mot des plaintes sur leurs conditions de vie précaires.

Jeunes ou moins jeunes, ils prennent les quelques emplois qui existent : trier les débris laissés par le tsunami, travailler sur les chaînes de mise en conserve de poisson… Du travail souvent temporaire et mal payé, debout et dans le froid hivernal. Cet été, la chaleur sera infernale dans les préfabriqués. Mais ils sont Japonais, alors ils se taisent et font gaman (ils prennent sur eux).

2 comments

  1. Konbawa Nemuyoake !
    Quelle triste épisode ! Cette année là j’avais décidé d’aller au Japon pour la première fois de ma vie mais j’ai dû annuler en raison de ce qui s’est passé. Mais deux ans plus tard j’ y suis retourné. Il faut saluer la Japan Airlines qui a compris et remboursé la totalité du billet en 2011. Et quelle service dans l’avion, un personnel incroyablement prévenant et compétent, cela m’a touché car un tel dévouement pour ses passagers j’avais rarement vécu la chose. Et pourtant je voyage beaucoup.
    Cependant ce triste événement a relancé dans le monde entier la question du nucléaire et cela a obligé tous les gouvernements a enfin réfléchir sur la question des sources d’énergie du futurs avec des évolutions législatives qui ont bien avancées et des remises en question du mode de vie de consommation à outrance qu’a permis le nucléaire.
    Bien des choses restent à faire mais depuis Fukushima, le nucléaire n’est plus considéré comme une énergie pérenne.
    Merci pour ce partage !
    kiostuketene !

Leave a Reply

Fill in your details below or click an icon to log in:

WordPress.com Logo

You are commenting using your WordPress.com account. Log Out /  Change )

Google+ photo

You are commenting using your Google+ account. Log Out /  Change )

Twitter picture

You are commenting using your Twitter account. Log Out /  Change )

Facebook photo

You are commenting using your Facebook account. Log Out /  Change )

Connecting to %s