Un portrait de l’école maternelle japonaise

yochienN.B. : Le taux de change utilisé est de 1 euro = 100 yens. J’ai hésité quant au choix de ce taux, mais je pense que le plus important est l’importance relative des dépenses d’éducation comparé au salaire. Par exemple, une vendeuse qui gagne 14 man nets (140 000 yens = 1400 euros avec taux de change à 1 euro = 100 yens) aura du mal à payer l’école maternelle à son enfant, surtout si elle est mère célibataire et habite à Tokyo ou Osaka où les loyers sont chers. Ce taux variant constamment (de 1 euro = 100 yens en 2012 à 1 euro = 142 yens en mars 2013), j’ai considéré que le taux le plus parlant serait de 1 euro = 100 yens.

Ce qui caractérise principalement l’école maternelle au Japon, c’est qu’elle n’est pas considérée comme une « école » à proprement parler, mais comme un « jardin d’enfants ». C’est d’ailleurs cette appellation qui est retenue dans les traductions (kindergarten). Les enfants la fréquentent de 9h à 14h et elle est surtout considérée comme un lieu de socialisation préparant à l’école élémentaire. Elle est en concurrence avec un mode de garde à l’amplitude horaire bien plus conséquente, le hoikuen (保育園, daycare center en anglais). Les familles dont les deux parents travaillent choisiront plutôt le hoikuen tandis que celles dans lesquelles l’un des parents (quasiment exclusivement la mère) est au foyer préfèreront le youchien (97% des enfants âgés de cinq ans fréquentent l’école maternelle ou le hoikuen). Le youchien est en effet considéré comme préparant de façon plus efficace les enfants à leur entrée à l’école élémentaire alors que le hoikuen est perçu comme moins stimulant intellectuellement pour les enfants, les personnels se contentant de distraire les enfants et d’en prendre soin en attendant le retour de leurs parents. Beaucoup de familles, surtout dans les grandes villes, se retrouvent obligées de placer leurs enfants dans des hoikuen par manque de place dans les youchien, les conditions d’ouverture et de maintien d’une école maternelle étant plus strictes que celles pour un hoikuen.

Même publiques, les écoles maternelles sont payantes, souvent 250 à 300 euros à l’inscription, 70 à 100 euros en frais mensuels. Il faut compter le double par mois au minimum pour un youchien privé (avec des frais annexes en plus), les frais à l’inscription étant aussi plus élevés. Selon les chiffres de 2005, 24% des youchien (chiffres comprenant les établissements publics et privés) pratiquent des frais d’entrée entre 200 et 500 euros, 45% entre 500 et 1000 euros. Aux extrêmes, 6% des youchien pratiquent des frais d’entrée inférieurs à 100 euros et 24% supérieurs à 1000 euros. Concernant les frais mensuels, toujours avec des chiffres de 2005, 31% et 37% des youchien pratiquent respectivement des prix compris entre 100 et 200 euros, et 200 et 300 euros. Seuls 3% des établissements demandent moins de 100 euros par mois aux parents, et 28% leur demandent plus de 300 euros par mois. Les prix sont fonctions de la localisation de l’établissement (métropole, ville moyenne, espace rural), de la réputation ou des particularités pédagogiques du youchien (concours d’entrée sélectif, apprentissages académiques précoces comme la lecture et les idéogrammes par exemple, pédagogie Montessori, enseignement bilingue en immersion…) et de la concurrence alentours. Due à la récession démographique galopante dans tout le pays (les grandes métropoles étant épargnées), la concurrence s’est accrue, entraînant la fermeture de nombreux établissements dans les campagnes et les très petites villes alors que les grandes métropoles subissent la demande pressante des parents pour ouvrir de nouveaux établissements aux horaires extensifs et flexibles, les femmes souhaitant de plus en plus avoir une activité, voire faire carrière comme leurs compagnons, ce qui nécessite de travailler jusqu’à très tard le soir, le retour à la maison se faisant souvent à 22h pour les travailleurs souhaitant progresser dans la hiérarchie de leur entreprise.

Les parents attendent beaucoup de l’école maternelle car ils se sentent isolés, surtout les mères au foyer dans les grandes villes. Elles se retrouvent en effet en tête à tête avec leur enfant toute la journée lorsqu’il est encore trop jeune pour fréquenter le youchien. Ce dernier fournit un lieu aux mères pour se retrouver et échanger, et il permet aux parents d’avoir des interlocuteurs à qui poser des questions sur l’éducation de leurs enfants lorsqu’ils se sentent déconcertés dans le comportement à adopter face à un éventuel problème rencontré.

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