Trouver un stage au Japon 2

kindergarten3Alors, comment j’ai réussi à trouver un stage dans une école grâce à mes compétences, ma volonté et ma persévérance un simple piston.

Mon proprio est quelqu’un de sympa et de serviable (il m’a même aidée à m’installer en m’emmenant chercher ce dont j’avais besoin avec sa voiture !) et quand il a entendu que je cherchais un stage dans une école japonaise, que j’avais envoyé des demandes mais que je trouvais bizarre de n’avoir aucune réponse même avec mes relances, il n’a rien dit mais une semaine plus tard il m’a annoncé qu’il m’avait peut-être trouvé quelque chose.

En fait, j’ai appris qu’il avait demandé à son banquier qui avait demandé à un ami qui avait un ami qui travaillait dans un youchien (école maternelle) privé.

Et donc vàlà-t-y pas qu’il dit qu’il va m’emmener pour l’entretien, ce que j’ai trouvé super sympa vu que c’était loin. Moi, je pensais que c’était juste un entretien de routine, que j’allais parler avec la enchousensei (directrice), tout simplement. Je dois dire que j’ai plutôt halluciné quand je me suis retrouvée dans le bureau de la enchousensei, avec à ma droite mon proprio, à ma gauche son banquier, le tout en costard-cravate. En face, la enchousensei et l’ami de l’ami du banquier qui travaille dans ce youchien. J’avais l’impression qu’on était 3 à passer un entretien d’embauche. La enchousensei m’a demandé ce que je venais faire au Japon, pourquoi je voulais faire un stage dans une école japonaise… Parfois, elle s’adressait à l’un ou à l’autre de mes… coéquipiers ?? Mon proprio me donnait l’impression d’être mon coach personnel lorsqu’il défendait mon bifteck en précisant que j’avais l’intention de passer la licence d’enseignement au Japon… On pourrait s’offusquer d’être pris en charge de cette manière, mais si y’a bien une chose que j’ai apprise au Japon, c’est que ça ne sert à rien de vouloir se débarrasser de ce genre de paternalisme (j’appelle ça du paternalisme poli ou du maternage, au choix). Au contraire, vouloir s’en défaire reviendrait plutôt à se desservir. Ils ne comprendraient pas. Et ce n’était que la première étape.

Etant donné que l’entretien s’est bien passé, j’ai eu le droit à la deuxième étape. Mon proprio, maître du paternalisme poli, avait décidé que la enchousensei devait passer par lui pour communiquer toute information concernant la suite des éventuels entretiens. Comprendre par là qu’il se désignait comme responsable officiel de mon « cas ». J’ai hésité à ce moment à mettre les points sur les i, du style : « c’est bon, j’ai presque 30 ans, je crois que je peux gérer ce genre de choses seule ». Mais je ne l’ai pas fait, de peur de le froisser. Et j’ai bien fait, je vous dirai pourquoi plus tard.

Donc, la deuxième étape a constitué en une matinée à l’école, en tant que visiteur dans les classes. Tout ça pour voir si je pouvais m’entendre avec les profs, pour observer comment je me comportais avec les enfants. La première réflexion que l’on m’a adressée, c’est : « ah, mais vous parlez japonais en fin de compte. » Par une prof qui avait eu l’air très stressée en m’approchant. Ce qu’ils veulent aussi tester, c’est votre capacité à vous adapter à un environnement japonais, vous intéresser aux façons de faire japonaises, les respecter et non pas imposer celles que vous connaissez. C’était la deuxième étape. (En fait, c’est presque comme dans un shounen manga, finalement, vous croyez que vous avez terminé le test mais y’a encore une autre épreuve à faire après encore. Sauf qu’on vous demande pas de balancer des boules de feu ou de récupérer des rouleaux secrets en tuant les équipes adverses.)

La enchousensei a ensuite contacté mon proprio pour lui demander de me demander (oui ça en devient ridicule, là, je suis bien d’accord) de préparer un CV et une lettre de présentation. Un CV pour un stage de prof dans une école, genre… y’a 30 000 postulants pour ce stage et vous allez devoir choisir le meilleur du meilleur ??… Ah bon, c’est pas ça mais faut quand même le faire ?.. Bon, ok, si vous voulez. Je l’ai donc fait. J’ai là aussi pensé qu’il fallait simplement que je les dépose. Que nenni ! Et rebelote pour un entretien ! A propos de mon CV, de mes études, de mes centres d’intérêts… La enchousensei a eu l’air intéressé par le fait que j’étudie en autodidacte la langue des signes japonaise, le fait que j’aime les robots et que je fasse du Gunpla, mon intérêt pour les sciences et le tir à l’arc. Et donc finalement, j’ai eu son accord pour le stage (zêtes sûrs que va pas y avoir d’Epreuve Ultime, hein !), me précisant d’ailleurs que ce serait un stage identique à ceux qu’ils offrent aux étudiants japonais qui veulent obtenir des crédits pour leur licence d’enseignement, ce qui m’arrange bien car je pourrai ultérieurement essayer d’obtenir les crédits correspondants par équivalence. Et c’est à la fin de la conversation que je vois mon proprio remettre une lettre avec tampon officiel à la enchousensei. J’ai déjà vu ce genre de lettres, je crois deviner ce dont il s’agit mais je demande quand même à mon proprio la teneur de cette lettre sur le chemin du retour. Il me confirme qu’il s’agit bien d’une lettre de garantie, autrement dit, il se porte garant pour moi durant ce stage. Sans garant japonais, il est difficile de faire quoi que ce soit au Japon. Difficile de louer quelque chose (mon proprio n’a pas exigé de garant japonais, ce qui est rare), impossible d’avoir un visa sans garant japonais, même si vous avez un contrat de travail, l’entreprise doit être le garant de votre demande de visa (mais c’est la même chose en France) etc… D’où l’intérêt à supporter ce paternalisme poli et à ne pas monter tout de suite sur ses grands chevaux, même s’il est tout à fait désagréable d’avoir l’impression d’être redevenu mineur…

Concernant les relances sans réponses, c’est au cours des entretiens que la enchousensei m’a expliqué que c’était normal, que c’était parce que les directeurs ne me connaissaient pas et ne comprenaient pas pourquoi un étranger voulait faire un stage dans une école japonaise. Comme ils ne me connaissaient pas, ils ne m’ont pas répondu. CQFD.

Je commence donc mon stage le 30 janvier, j’espère que ça se passera bien, que je ne ferai pas de bourdes culturelles irréparables. J’ai acheté des madeleines en France comme o miyage (cadeau que l’on rapporte quand on est allé à un endroit, en voyage de plaisance ou d’affaires) pour les enfants, des pates de fruits pour les gamins allergiques aux œufs et aux traces de fruits à coques (oui, j’essaye de penser à tout). J’ai aussi acheté un cadeau de remerciement (o rei) pour la fin du stage pour les adultes (des coussins de Lyon) et j’ai déjà donné mes cadeaux de remerciements à mon proprio et son banquier (des chocolats) pour leur intervention dans le bon déroulement des choses. Ne pas être radin sur les cadeaux de remerciement, c’est aussi comme ça qu’on construit un réseau de relations, même si ça coûte la peau du cul au fur et à mesure que le réseau s’élargit.

Voilà, tout ça, c’était juste pour un stage, j’ose même pas imaginer pour un vrai job…

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